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Au Mali,Africa Corps, entité russe accusée d'avoir massacré...

Un drapeau malien et un drapeau russe attachés au même mât flottaient ensemble à Bamako, au Mali, le 22 septembre 2020.   © 2020 H. Diakite/EPA-EFE/Shutterstock
Un drapeau malien et un drapeau russe attachés au même mât flottaient ensemble à Bamako, au Mali, le 22 septembre 2020. © 2020 H. Diakite/EPA-EFE/Shutterstock

Le 10 juillet 2026, vers 5 heures du matin, plus d’une centaine de combattants de l’Africa Corps, la force paramilitaire placée sous le contrôle direct du Kremlin, ont investi le village de Bombori, dans la région de Mopti, au centre du Mali.


Appuyés par quelques soldats maliens, ils circulaient à bord de pick-up équipés de mitrailleuses lourdes et de motos arborant des drapeaux maliens.


Selon les témoignages recueillis par Human Rights Watch (HRW), les Russes dirigeaient seuls les opérations, les militaires maliens se bornant à jouer les interprètes.


« Les Russes étaient aux commandes. Ils étaient plus de 100, tous en tenues militaires et lourdement armés. Un Blanc avec deux talkies-walkies semblait être le chef. Chaque fois qu’il posait une question, il tirait en l’air », a raconté un villageois âgé de 39 ans, joint à distance par l’ONG.

Un boucher de 57 ans a précisé avoir vu « sept pick-up avec des mitrailleuses en dessus, et plus de 60 motos ».


Dès leur arrivée, les assaillants ont encerclé le quartier peul, ignoré le secteur voisin habité par l’ethnie Rimaïbé, et ont procédé à des rafles systématiques.


Des hommes et des enfants traînés hors de leurs maisons, battus et interrogés


Les forces de l’Africa Corps ont fait irruption dans les habitations, traînant les hommes et les garçons dehors, parfois à coups de crosse.


Au moins 80 d’entre eux ont été rassemblés sous un arbre, contraints de s’asseoir tête baissée, sous la menace d’armes automatiques.


Plusieurs témoins décrivent une scène de terreur : les soldats russes fouillaient les poches, confisquaient les téléphones, photographiaient les détenus et frappaient quiconque osait lever les yeux.


« Un combattant russe frappait tous ceux qui levaient les yeux, avec la crosse de son fusil » a déclaré un habitant de 39 ans, qui avait tenté de se cacher avec sa famille avant d’être extirpé de force.

Un autre témoin, âgé de 40 ans, a raconté avoir vu deux hommes s’effondrer sous les balles, puis un tireur russe continuer à leur tirer dessus alors qu’ils gisaient au sol.


Les soldats maliens présents traduisaient les interrogatoires :


« Où sont les djihadistes ? Celui qui montre un combattant rentre chez lui, celui qui montre les caches d’armes aura une récompense. Si vous ne collaborez pas, on vous tue tous ! »

Neuf morts, dont un décapité, et des enfants fauchés par balles


Vers 9 heures, trois jeunes hommes ont été extraits du groupe et emmenés à bord d’un véhicule en direction de la base du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), située à un kilomètre.


Leurs corps ont été retrouvés plus tard : l’un avait été décapité, sa tête exposée au milieu du village, les deux autres égorgés et ligotés.


Par ailleurs, six autres civils ont été abattus alors qu’ils tentaient de fuir. Parmi les victimes figurent quatre enfants âgés de 6 à 17 ans.


« J’ai trouvé les corps de deux enfants, tous deux âgés d’environ 6 ans, tués par balle à côté d’une maison incendiée », a témoigné un homme de 38 ans.

Un autre a découvert deux corps « près de la route nationale, avec des signes de balles à la tête, couchés à plat ventre l’un à côté de l’autre ».


Au total, neuf corps ont été récupérés par les villageois après le départ des forces russes, vers 14 heures.


Leurs habitations, pour certaines, avaient été pillées, incendiées, et cinq greniers à céréales détruits.


Une cible peule, victime d’un amalgame meurtrier


Les assaillants n’ont attaqué que le quartier peul, épargnant le secteur des Rimaïbés, pourtant voisin.


« Les assaillants ne sont pas entrés dans nos maisons, ni fouillé l’intérieur et personne n’a été arrêté ni tué chez nous », a constaté le boucher de 57 ans, qui est Rimaïbé.

Cette discrimination territoriale confirme, selon HRW, la persistance d’un amalgame tragique : les autorités maliennes et leurs alliés russes assimilent régulièrement la communauté peule aux groupes djihadistes, en raison du recrutement historique opéré par le JNIM au sein de cette ethnie.


Cet amalgame a déjà conduit, ces dernières années, à de nombreuses exactions contre les Peuls, sans que les gouvernements successifs n’aient pris de mesures pour protéger les civils ou sanctionner les auteurs.


Le JNIM, qui contrôle Bombori depuis 2017, y prélève des impôts religieux (zakat), recrute de jeunes hommes et applique la charia.


Mais les témoins ont affirmé que, la veille de l’attaque, les combattants djihadistes avaient quitté le village pendant la nuit, laissant la population sans protection.


« Ils ne nous protègent pas en cas d’attaque de l’armée », a déploré un villageois.

La responsabilité de la junte malienne et le silence de Moscou


Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire malienne a expulsé les forces françaises et onusiennes et s’est tournée vers la Russie.


Le groupe Wagner, actif depuis 2021, a officiellement annoncé son retrait en juin 2025, mais il a été immédiatement remplacé par l’Africa Corps, une structure placée sous le contrôle du Kremlin, composée pour l’essentiel des mêmes combattants et des mêmes cadres dirigeants.


Les abus documentés par HRW depuis 2021 – exécutions sommaires, disparitions forcées, tortures – se poursuivent donc sous un nouveau nom.


Human Rights Watch a adressé des courriers, les 4 et 5 août, au ministre russe de la Défense et au président malien Assimi Goïta, qui est également ministre de la Défense. Aucune réponse ne leur a été donnée à ce jour.


L’ONG rappelle que toutes les parties au conflit sont tenues par le droit international humanitaire, notamment l’article 3 commun aux Conventions de Genève.


Ce dernier interdit les meurtres délibérés, les traitements cruels et les attaques contre des civils.


Les auteurs de ces crimes de guerre, y compris les militaires maliens ayant participé à l’opération, doivent être poursuivis.


« Un massacre emblématique de l’impunité qui règne au Mali »


« Le massacre de Bombori est emblématique des atrocités commises au Mali » a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch.


« Les villageois ont été pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement avec ses alliés russes, aucun des belligérants ne respectant le droit international. »

Elle a appelé les autorités maliennes à enquêter « rapidement et de manière impartiale » et à traduire en justice tous les responsables, y compris leurs propres soldats.


Ce drame survient dans un contexte de regain d’offensives djihadistes au Mali, où le JNIM a multiplié les attaques coordonnées en avril et juillet 2026.


Mais pour les habitants de Bombori, la peur vient désormais autant des islamistes que de ceux qui sont censés les combattre.


Alors que la communauté internationale reste largement silencieuse, les familles des victimes tentent de panser leurs plaies, sans perspectives de justice ni de réparation.

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