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Bénin/coup d'État manqué: les donneurs de leçons au cœur des soupçons

Patrice Talon / Président du Bénin, serrant la main au Lieutenant-colonel Pascal Tigri, auteur du coup d'État manqué du 7 décembre 2025
Patrice Talon / Président du Bénin, serrant la main au Lieutenant-colonel Pascal Tigri, auteur du coup d'État manqué du 7 décembre 2025

Une semaine après la tentative de coup d’État déjouée au Bénin, les investigations prennent une dimension régionale.


Selon plusieurs sources béninoises et nigériennes concordantes, les militaires au pouvoir à Niamey auraient été informés en amont des événements du 7 décembre 2025 à Cotonou.


Certains éléments laissent même penser à une possible coordination indirecte avec les mutins béninois, emmenés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri.


À ce stade, aucune accusation formelle n’est formulée par les autorités béninoises, mais les services de renseignement explorent sérieusement la piste d’une implication extérieure.


Un contexte géopolitique explosif entre Cotonou et Niamey


Depuis le renversement du président nigérien Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, les relations entre le Bénin et le Niger se sont fortement dégradées.


Le président béninois Patrice Talon avait alors soutenu une option militaire régionale contre la junte nigérienne, un positionnement qui a durablement crispé les rapports entre les deux pays.


La fermeture prolongée de la frontière entre le Niger et le Bénin, axe vital pour les échanges commerciaux et l’accès au port de Cotonou, a accentué les tensions diplomatiques et économiques, au détriment des populations frontalières.


L’enjeu stratégique du port de Cotonou


Pour les régimes militaires du Niger, du Burkina Faso et du Mali réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), un changement de pouvoir à Cotonou aurait représenté un tournant stratégique majeur.


L’accès au port autonome de Cotonou aurait offert à l’AES un débouché maritime direct, réduisant sa dépendance aux corridors plus longs et plus instables vers le golfe de Guinée.


Selon plusieurs sources, une réussite du putsch aurait été suivie d’une réouverture symbolique de la frontière Niger–Bénin, acte fort de réconciliation politique et économique entre les deux pays.


Des mouvements militaires suspects à la frontière


Un élément intrigue particulièrement les enquêteurs. Le samedi 6 décembre, soit quelques heures avant le déclenchement de la mutinerie à Cotonou, l’armée nigérienne aurait commencé à dégager le pont reliant Gaya (Niger) à Malanville (Bénin), bloqué depuis plus de deux ans.


Des témoins évoquent le déplacement de conteneurs, le retrait de camions et le déploiement de véhicules militaires, dont des blindés, côté nigérien.


Dimanche matin, à l’annonce d’un coup d’État en cours à Cotonou, des scènes de liesse ont même été observées dans les villes frontalières de Gaya et Malanville.


L’uranium nigérien au cœur des calculs


Parmi les éléments géopolitiques sensibles figure le dossier du yellow cake nigérien.


Un convoi de 1 000 tonnes de concentré d’uranium, issu de l’ancienne mine d’Arlit, a quitté le nord du Niger fin novembre pour rejoindre Niamey.


Selon plusieurs sources, si le coup d’État avait abouti, ce stock stratégique aurait pu transiter par le port de Cotonou.


En effet, cet itinéraire est plus court et plus sécurisé que la route actuelle vers Lomé, notamment en raison de l’insécurité persistante dans certaines zones du Burkina Faso.


Otages, fuite et pistes transfrontalières


Les enquêteurs estiment également que les mutins prévoyaient d’emmener avec eux les deux hauts gradés enlevés à Cotonou vers le Niger lors de leur fuite.


Finalement, le général Abou Issa et le colonel Faïzou Gomina ont été libérés le 8 décembre à l’aube, à Tchaourou, dans le centre du pays.


Quant au chef présumé des putschistes, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, il est toujours en fuite.


Selon des sources militaires béninoises, il aurait quitté le territoire par le Togo avant de rejoindre le Burkina Faso.


Le rôle controversé de Kemi Seba


Le nom de Kemi Seba, militant béninois proche des régimes de l’AES et nommé conseiller spécial par le général Abdourahamane Tiani en août 2024, figure également dans le champ des investigations.


Dès les premières heures de la tentative de coup d’État, il avait diffusé une vidéo saluant l’action des mutins et affirmant, à tort, que le pouvoir n’avait pas repris le contrôle.


La CRIET a depuis délivré un mandat d’arrêt international à son encontre, renforçant l’hypothèse d’un relais idéologique, voire opérationnel, entre certains cercles militants et les putschistes.


Cotonou reste prudente, mais vigilante


Face aux soupçons, le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, adopte une ligne mesurée :

« Nous n’accusons personne, mais nous ne sommes pas dupes. Nous ne serions pas surpris qu’il y ait des mains étrangères impliquées dans cette tentative de putsch. »

Les enquêtes se poursuivent, menées notamment par les services de renseignement béninois, afin d’établir les responsabilités exactes, tant internes qu’externes.


Une tentative avortée aux répercussions durables


Si le coup d’État du 7 décembre a échoué militairement, ses répercussions dépassent largement les frontières béninoises.


Il révèle les lignes de fracture régionales, les rivalités stratégiques autour des ports, des ressources et des alliances, ainsi que l’instabilité persistante qui traverse l’Afrique de l’Ouest.


Pour Cotonou, l’enjeu est désormais double : sécuritaire, pour neutraliser les derniers réseaux impliqués, et diplomatique, pour éviter que cette crise ne se transforme en bras de fer régional durable.

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