Le Bénin franchit une nouvelle étape historique dans la reconnaissance de son passé avec la promulgation, le 2 septembre 2024, d'une loi permettant aux afro-descendants de déportés de demander la nationalité béninoise. Cette décision majeure marque un tournant dans les relations entre le Bénin et la diaspora africaine dispersée à travers le monde suite à la traite négrière et au commerce triangulaire.
Un acte réparateur
La loi, désormais en vigueur, s’adresse spécifiquement aux descendants de personnes africaines déportées durant l’ère de l’esclavage.
Ces individus, qu'ils soient originaires des Amériques ou des Caraïbes, peuvent désormais demander la nationalité béninoise.
Le gouvernement souhaite ainsi réparer, au moins symboliquement, les profondes cicatrices laissées par cette période sombre de l’histoire.
Pour obtenir la nationalité, les demandeurs doivent prouver leur ascendance africaine.
Cette preuve peut prendre diverses formes, allant des témoignages authentifiés à des documents d’état civil, en passant par des tests ADN réalisés dans des laboratoires agréés par l’État béninois.
Une fois les critères remplis, les afro-descendants peuvent faire une demande officielle auprès du ministre de la Justice.
Un séjour nécessaire
Ceux qui entament cette procédure depuis l'étranger se verront accorder la nationalité à titre provisoire pour une durée de trois ans.
Cependant, pour obtenir une reconnaissance définitive, les nouveaux citoyens doivent résider au Bénin pendant cette période, favorisant ainsi une immersion et un retour concret aux racines.
Le décret final accordant la nationalité est ensuite pris en Conseil des ministres.
La naturalisation donne aux bénéficiaires les mêmes droits que tout citoyen béninois, incluant la liberté d'entrée et de sortie du territoire, le droit de séjour, et l'obtention d'un passeport béninois.
Toutefois, des mécanismes de sécurité stricts sont intégrés à cette procédure. Toute fraude, ou condamnation pour crime ou atteinte à la sûreté nationale, entraîne la perte de cette nationalité.
Reconstruire les liens avec la diaspora
Le président Patrice Talon, à l’origine de cette loi, voit dans cette initiative un geste de réconciliation historique entre l’Afrique et ses fils et filles dispersés à travers le monde.
Son gouvernement, depuis l’introduction du projet de loi en mai 2024, a insisté sur l'importance de réparer les blessures laissées par la traite des Noirs.
Cette loi est également perçue comme un prolongement du programme de « tourisme mémoriel » lancé par Talon, qui met en avant le Bénin comme un lieu de pèlerinage pour ceux qui cherchent à renouer avec leurs origines africaines.
Une ouverture symbolique
Cette loi s’inscrit dans une dynamique plus large où le Bénin, et par extension l’Afrique, cherche à tendre la main à sa diaspora.
Haïti, le Brésil, les Caraïbes et de nombreux pays accueillant des descendants d’esclaves déportés pourraient voir de plus en plus de leurs ressortissants s’intéresser à cette opportunité unique de réaffirmer leurs racines africaines.
En permettant à ces afro-descendants de devenir citoyens béninois, le pays offre bien plus qu’un passeport. Il redonne à des millions de personnes un lien tangible avec une terre dont leurs ancêtres ont été brutalement arrachés.
Une nouvelle donne pour l'Afrique
Cette décision audacieuse du Bénin pourrait-elle inspirer d'autres nations africaines à suivre la même voie ?
En tout cas, elle place le Bénin à l’avant-garde d'une nouvelle réflexion sur la citoyenneté, les droits et la réparation historique.
En s’ouvrant ainsi à sa diaspora, le Bénin reconnaît que l’Afrique est bien plus qu’un continent : elle est une matrice culturelle et historique qui continue de façonner les identités à travers le monde.
Ce geste de réconciliation historique peut avoir des impacts positifs non seulement sur les relations entre l’Afrique et sa diaspora, mais aussi sur le développement du pays.
En attirant de nouveaux citoyens motivés par le lien mémoriel, le Bénin pourrait renforcer son influence culturelle et économique, tout en incarnant un modèle de justice historique pour les autres nations du continent.
Cette loi, au-delà de sa portée symbolique, vient rappeler que le lien entre l’Afrique et sa diaspora est inaltérable. Pour beaucoup, elle représente la possibilité de fermer un cycle douloureux et de revendiquer, enfin, une appartenance dont l’histoire les avait injustement privés.
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