Ce danger imminent qui pèse sur les pays africains et qui vient de...
- Towanou Johannes
- Aug 13
- 3 min read

La Chine ne se contente plus d’être un simple acteur dans le commerce mondial des matières premières. Elle en est devenue l’architecte invisible.
Pékin concentre près de 70 % de la transformation mondiale des minerais critiques, un chiffre qui illustre une domination industrielle méthodiquement construite au fil des décennies.
Derrière ce pourcentage se cache un pouvoir stratégique : celui de contrôler les prix, d’imposer ses normes et de décider du rythme des approvisionnements.
En verrouillant l’étape cruciale du raffinage, la Chine ne se contente pas d’acheter des matières premières africaines, elle en capte l’essence économique.
Les métaux sous contrôle chinois
Dans le domaine du cobalt, essentiel à la fabrication des batteries, la République démocratique du Congo fournit l’essentiel de l’extraction mondiale.
Mais plus des trois quarts de ce cobalt sont raffinés en Chine, qui en tire ainsi la plus grande partie de la valeur ajoutée.
Pour le lithium, indispensable aux technologies vertes, Pékin transforme plus de 60 % des volumes destinés aux batteries.
Les terres rares, incontournables dans l’électronique et l’armement, voient leur traitement dominé à plus de 85 % par l’industrie chinoise.
Même le graphite, clé pour les anodes de batteries, reste sous contrôle chinois à hauteur de 75 à 90 %.
Quant à l’or, la Chine renforce sa position, même si la Suisse demeure encore le leader historique du marché du raffinage.
Des machines qui tournent, des usines ailleurs
En Afrique, les engins chinois opèrent sans relâche, creusant des mines de cobalt en RDC, de lithium au Zimbabwe ou de terres rares en Namibie.
Les sites d’extraction sont actifs jour et nuit, mais la véritable richesse se cristallise loin du continent.
Les minerais quittent l’Afrique bruts ou à peine concentrés, pour être transformés en Chine dans des usines ultramodernes.
Conséquence, les pays africains restent enfermés dans un rôle de simples exportateurs, captant peu de bénéfices industriels.
Quelques États tentent de briser ce schéma. Le Zimbabwe a interdit l’exportation de minerai brut et prépare, d’ici 2027, l’arrêt des exportations de concentrés.
La Namibie bloque désormais la sortie de certains minéraux critiques non transformés.
Le Ghana, de son côté, a inauguré en 2024 sa première raffinerie d’or afin de conserver une partie de la valeur sur place.
Le silence des voix panafricanistes
Cette montée en puissance chinoise dans le secteur minier ne suscite pourtant pas la même mobilisation que d’autres formes d’ingérences étrangères.
Les figures médiatiques qui dénoncent bruyamment les héritages coloniaux restent souvent muettes face à cette domination asiatique.
Est-ce par ignorance, par calcul politique ou par complaisance envers un partenaire perçu comme un allié stratégique contre l’Occident ?
Le paradoxe est frappant. Alors que l’Afrique perd le contrôle sur la transformation de ses propres richesses, les discours sur la souveraineté économique restent sélectifs, et parfois opportunistes.
Un enjeu de souveraineté économique
Le raffinage n’est pas une étape technique secondaire : c’est l’épicentre de la valeur.
Celui qui maîtrise la transformation maîtrise aussi la fixation des prix, la régulation des flux et, à terme, l’orientation des marchés mondiaux.
En laissant cette étape aux mains de la Chine, l’Afrique s’expose à rester prisonnière d’un modèle où elle vend ses ressources au plus bas, pour ensuite racheter des produits finis à prix fort.
Ce déséquilibre structurel condamne le continent à un rôle subalterne dans l’économie mondiale, à moins de réagir rapidement.
Urgence d’une riposte continentale
Pour renverser la tendance, les pays africains doivent imposer des clauses de transformation locale dans leurs contrats miniers.
Aussi faut-il créer des zones industrielles reliées directement aux sites d’extraction, et diversifier leurs partenariats afin de ne pas dépendre d’un seul acteur.
Autre levier, investir massivement dans la chimie minérale intermédiaire, étape technique qui verrouille aujourd’hui la chaîne de valeur.
Enfin, la transparence est cruciale. Les contrats, les volumes exportés et les prix doivent être publiés et contrôlés pour éviter les fuites de richesse.
Une course contre la montre
La Chine a compris depuis longtemps que la bataille du XXIᵉ siècle se gagnera sur le contrôle des chaînes d’approvisionnement.
L’Afrique, elle, doit choisir entre rester une source de matières premières à bas prix ou devenir un centre de transformation et de fixation des prix.
Le temps presse : chaque tonne extraite et exportée brute représente une opportunité perdue de renforcer l’économie locale.
Les machines tournent déjà à plein régime et la richesse continue de s’évaporer vers d’autres horizons.









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