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Le Niger ou l'art de vendre moins cher l'uranium en pleine flambée

Abdourahamane Tiani / Président du Niger
Abdourahamane Tiani / Président du Niger

Alors que les autorités de Niamey avaient promis une rupture radicale avec les anciens accords jugés défavorables au pays, les chiffres disponibles dessinent aujourd’hui une réalité beaucoup moins glorieuse.


Loin d’une meilleure valorisation des ressources nationales, le Niger semble au contraire céder son uranium à un prix inférieur à celui d’hier, et ce dans un contexte mondial pourtant exceptionnellement favorable.


Ce paradoxe interroge. Comment expliquer qu’un pays producteur stratégique vende aujourd’hui moins cher, au moment même où le marché mondial est en tension et où la demande explose ?


La promesse d’un nouveau départ


Après le changement de régime et l'arrivée du Général Abdourahamane Tiani, l’uranium est rapidement devenu un symbole politique et souverainiste majeur.


Le discours officiel promettait la fin des accords jugés déséquilibrés, la reprise en main des ressources stratégiques et une défense beaucoup plus ferme des intérêts économiques du Niger.


Dans l’opinion publique, l’espoir était immense. Beaucoup de Nigériens pensaient enfin voir leur pays tirer un bénéfice réel, durable et visible de cette richesse stratégique, exploitée depuis des décennies mais rarement perçue comme profitable au plus grand nombre.


Cette promesse de rupture devait marquer un tournant historique. Mais très vite, les premiers chiffres ont commencé à semer le doute.


France hier, Russie aujourd’hui : la comparaison qui dérange


Les données qui circulent sur les ventes récentes sont particulièrement troublantes.


En 2023, l’uranium nigérien était vendu autour de 196 500 dollars la tonne. En 2025, le prix évoqué pour les ventes à la Russie tournerait autour de 170 000 dollars la tonne.


En clair, le Niger vendrait aujourd’hui son uranium environ 13 % moins cher qu’il ne le faisait il y a encore peu de temps.


Cette évolution est d’autant plus difficile à justifier qu’elle intervient dans un contexte international totalement différent, marqué par une forte tension sur l’offre.


Même en tenant compte des différences entre contrats, volumes et conditions commerciales, l’écart interpelle et pose une question simple : pourquoi vendre moins cher aujourd’hui qu’hier ?


Un marché mondial en hausse, un prix nigérien en baisse


Ces dernières années, le marché mondial de l’uranium a connu une véritable mutation.


Le retour en force du nucléaire dans de nombreux pays, les impératifs de transition énergétique et les tensions géopolitiques ont conduit les États à sécuriser frénétiquement leurs approvisionnements.


Résultat : les prix internationaux ont fortement progressé, avec des hausses estimées autour de 30 % selon plusieurs indicateurs du marché.


Dans un tel contexte, un pays producteur comme le Niger devrait logiquement profiter de cette conjoncture pour vendre plus cher et améliorer ses recettes.


Or, selon les chiffres disponibles, c’est exactement l’inverse qui semble se produire : le prix obtenu aujourd’hui serait inférieur à celui d’hier, alors même que le marché est bien plus porteur.


Ce que disent les chiffres officiels du Niger

Les données publiées par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) du Niger apportent un éclairage fondamental souvent absent du débat public.

Données ITIE
Données ITIE
Données ITIE
Données ITIE

Sur plusieurs décennies, elles montrent que le « prix Niger » de l’uranium a souvent été supérieur au prix spot mondial.


Autrement dit, contrairement à une idée largement répandue, le Niger ne vendait pas systématiquement son uranium en dessous du prix du marché international.


Certaines années, il le vendait même à un niveau supérieur, grâce à des formules de prix intégrant des moyennes entre prix spot et contrats de long terme.


Ce rappel est crucial : il montre que le problème n’est pas seulement l’identité du partenaire, mais avant tout la capacité de l’État à négocier des prix avantageux dans un contexte de marché donné.


Des dizaines de millions de dollars potentiellement perdus


Un simple calcul permet de mesurer l’ampleur de l’enjeu. Si l’on prend une vente de 1 000 tonnes à 170 000 dollars la tonne, alors que le prix de référence récent était autour de 196 500 dollars, la différence dépasse 26 000 dollars par tonne.


Cela représente plus de 26 millions de dollars de manque à gagner sur seulement 1 000 tonnes.


Et ce chiffre peut rapidement devenir vertigineux si les volumes augmentent ou si cette politique de prix se prolonge dans le temps.


Pour un pays dont le budget dépend fortement de ses ressources minières, ces écarts ne sont pas anecdotiques : ils pèsent directement sur les capacités de financement de l’État, des infrastructures et des politiques sociales.


Le vrai débat n’est pas à qui on vend, mais à quel prix


Le débat public est souvent résumé à un simple changement de partenaires : hier la France, aujourd’hui la Russie. Mais cette lecture est largement insuffisante.


La vraie question est beaucoup plus fondamentale : le Niger vend-il aujourd’hui son uranium au meilleur prix possible, compte tenu de la situation du marché mondial ?


Car changer de partenaire pour vendre moins cher n’a rien d’une victoire économique. Cela revient simplement à déplacer le problème sans le résoudre.


Une souveraineté minière encore largement théorique


Sur le plan politique, le discours est celui de la souveraineté retrouvée et du contrôle renforcé des ressources nationales.


Sur le plan économique, les chiffres donnent pour l’instant une impression beaucoup plus inquiétante : malgré un marché mondial favorable, l’uranium nigérien semble rapporter moins qu’avant.


Si cette tendance se confirme, la rupture tant annoncée risque de se résumer à une réalité brutale : le Niger n’a pas fondamentalement changé de modèle. Il a surtout changé de client, en acceptant un prix plus bas.


Et dans ce cas, ce sont, une fois de plus, les finances publiques et les perspectives de développement du pays qui risquent d’en payer le prix.

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