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Mali, Niger, Faso: ces soldats qui ont le sentiment de mourir pour rien

Ibrahim Traoré/ Assimi Goïta/ Abdourahamane Tiani
Ibrahim Traoré/ Assimi Goïta/ Abdourahamane Tiani

Dans les capitales, les discours sont fermes. Les communiqués sont assurés. Les chefs militaires promettent la reconquête, la victoire, la restauration de l’autorité de l’État.


Mais loin des tribunes et des micros, dans les unités déployées sur des théâtres d’opérations de plus en plus étendus, un autre sentiment progresse : le doute.


Depuis plusieurs mois, un malaise diffus traverse les forces armées du Mali, du Burkina Faso et du Niger.


Il ne s’exprime pas publiquement, rarement à voix haute, mais il est présent dans les conversations de caserne, dans les silences prolongés, dans les regards fatigués des hommes qui enchaînent les missions sans voir la ligne d’arrivée se rapprocher.


Ce n’est plus seulement la peur de l’ennemi qui pèse. C’est l’impression de combattre dans une guerre dont les règles, les objectifs et même le récit semblent se décider ailleurs.


Une guerre qui use plus qu’elle ne mobilise


Le conflit sahélien est entré dans une phase d’usure. Les opérations se succèdent.


Les zones à sécuriser s’élargissent. Les effectifs sont sollicités en permanence. Les rotations s’accélèrent. Les permissions se raccourcissent.


Dans ce contexte, la fatigue devient structurelle. Elle n’est plus un accident, mais un état permanent.


Les soldats parlent d’une pression constante, d’une tension qui ne retombe jamais, d’un sentiment d’être toujours en mouvement sans jamais avoir le temps de se reconstruire.


À cette usure physique s’ajoute une autre, plus sourde : la lassitude morale. Beaucoup ont le sentiment que la guerre est racontée depuis des bureaux, loin de ce qu’ils vivent réellement sur le terrain.


Le fossé entre le terrain et le commandement


L’un des sujets les plus sensibles dans les rangs concerne la manière dont les opérations sont présentées au public. Les soldats constatent souvent un décalage entre ce qu’ils vivent et ce qui est dit.


Ce décalage ne se limite pas aux mots. Il nourrit l’idée que deux réalités coexistent : celle du front, rude, incertaine, dangereuse, et celle de la communication officielle, lisse, maîtrisée, optimiste.


Progressivement, ce fossé crée une distance psychologique entre les hommes engagés et leur propre hiérarchie.


Non pas une rébellion ouverte, mais une forme de désenchantement. Une impression que l’on ne parle plus tout à fait de la même guerre.


Le sentiment d’être remplaçable


Dans les discussions informelles, un mot revient souvent : “on est interchangeables”.


Beaucoup de soldats ont le sentiment que l’institution s’est durcie, mécanisée, qu’elle gère les hommes comme des effectifs plus que comme des individus.


Ce n’est pas propre au Sahel, mais le contexte du conflit, long et coûteux, accentue cette perception.


Quand les rotations s’enchaînent sans véritable temps de repos, quand les unités sont recomposées en permanence, quand les visages changent trop vite, il devient difficile de maintenir l’idée d’une communauté soudée autour d’un projet clair.


Une communication devenue stratégique avant d’être humaine


Dans les États de l’AES, la guerre est devenue un pilier central du discours politique. Elle structure la légitimité du pouvoir, justifie les choix, explique les sacrifices demandés à la population.


Dans ce cadre, la communication militaire n’est plus seulement informative, elle est stratégique.


Elle vise à rassurer, à montrer la maîtrise, à maintenir l’image d’un État en contrôle.


Le problème, vu depuis le terrain, est que cette logique laisse parfois peu de place à la complexité, aux zones grises, aux revers, aux moments de doute qui font pourtant partie de toute guerre réelle.


Le moral, variable stratégique oubliée


Dans toute armée, le moral est une arme invisible. Quand il est fort, il compense beaucoup de manques. Quand il s’effrite, même les meilleurs équipements ne suffisent plus.


Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, de plus en plus de cadres intermédiaires s’inquiètent de cette dimension.


Ils parlent d’hommes courageux, mais fatigués. Engagés, mais de plus en plus sceptiques. Disciplinés, mais intérieurement usés.

Ce n’est pas une crise de loyauté. C’est une crise de sens.


Le risque d’une armée qui se bat sans récit partagé


Une armée ne tient pas seulement par les ordres. Elle tient par l’idée qu’elle se fait de sa mission.


Par le sentiment que les sacrifices ont un sens, que les efforts sont compris, que les difficultés sont reconnues.


Quand le récit officiel et l’expérience vécue s’éloignent trop, un vide se crée. Et ce vide est dangereux. Il ne se voit pas immédiatement. Il ne provoque pas de rupture brutale. Mais il affaiblit lentement, sûrement.


Un enjeu politique majeur pour les régimes en place


Les dirigeants sahéliens ont fait de la restauration de la sécurité leur promesse centrale. Leur crédibilité repose en grande partie sur leur capacité à tenir cette ligne.


Mais cette bataille ne se joue pas seulement contre les groupes armés. Elle se joue aussi à l’intérieur de leurs propres forces.


Dans la confiance, dans la reconnaissance, dans la cohérence entre le discours et la réalité.

Une armée peut supporter beaucoup de choses.


Elle peut supporter la fatigue, le danger, le manque. Elle supporte beaucoup plus difficilement l’impression de ne plus être comprise par ceux pour qui elle se bat.


Les familles face à l’attente sans fin


Pendant ce temps, loin du front, une autre épreuve se joue dans le silence des maisons et des villages : celle des familles qui attendent.


Elles attendent un corps qui ne viendra jamais, une confirmation qui tarde, un lieu où se recueillir qui n’existera peut-être pas.


Pour beaucoup, la guerre ne se termine pas par un enterrement, mais par une absence définitive.


Pas de tombe, pas de dernière prière devant un cercueil, pas de certitude. Seulement des semaines, puis des mois d’attente, de démarches inutiles, de portes fermées, et cette question qui ne quitte plus les esprits : est-il vraiment mort, et si oui, où repose-t-il ?


Ce vide administratif devient un vide dans la vie. Le deuil reste suspendu, impossible à faire, et la douleur, elle, ne trouve jamais de point final.


Le combat invisible


Au Sahel, il y a donc deux guerres. Celle que tout le monde voit, faite d’attaques, d’opérations et de communiqués.


Et une autre, plus discrète, plus silencieuse : celle qui se joue dans les têtes et dans les cœurs des hommes en uniforme.


C’est peut-être celle-là qui décidera, à long terme, de l’issue réelle du conflit.

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