Après quatre mois d’isolement, la ville de Gossi, dans le nord du Mali, a vu son blocus levé par les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).
Depuis mai, les habitants vivaient sous la pression d’un siège qui paralysait la circulation, l’approvisionnement et les activités économiques.
C’est finalement grâce à un accord direct entre la population et les assaillants que les routes ont rouvert, marquant un tournant surprenant dans la gestion locale du conflit.
Une négociation imposée par la survie
Privés de denrées essentielles et sans réelle protection militaire permanente, les habitants de Gossi n’avaient d’autre choix que d’entrer en discussion avec les jihadistes.
Les pourparlers, menés par des notables et appuyés par la volonté de mettre fin aux souffrances quotidiennes, ont abouti à un compromis inédit.
La levée du siège contre l’acceptation d’une cohabitation forcée avec le JNIM.
Une gouvernance hybride et troublante
Désormais, la gestion locale de Gossi ne repose plus uniquement sur l’État malien et ses forces alliées.
Selon plusieurs sources locales, le JNIM s’est imposé comme un nouvel acteur de la gouvernance, aux côtés de l’Africa Corps (ex-Wagner) et des FAMa, dont la présence reste temporaire et limitée.
Cette situation crée un modèle de gouvernance hybride, où l’influence jihadiste s’exerce au quotidien, notamment sur la justice, la circulation et certains aspects de la vie sociale.
Une équation complexe pour l’État malien
Si cette sortie de crise apporte un répit aux habitants, elle met en lumière un défi majeur pour les autorités de transition.
Il s'agit de l’incapacité à protéger durablement certaines localités stratégiques.
Laisser les populations négocier directement avec les terroristes risque d’ouvrir la voie à une normalisation de l’influence jihadiste.
De quoi affaiblir encore plus l’autorité centrale et l’image des forces armées.
Une paix précaire
L’accord de Gossi apparaît avant tout comme une solution de survie pour les populations.
Rien ne garantit sa pérennité ni la sécurité des habitants face aux revirements possibles du JNIM.
Pour beaucoup d’analystes, cet épisode illustre une tendance lourde au Sahel.
Faute d’État fort et de présence sécuritaire stable, les communautés locales sont contraintes de composer avec les groupes armés pour continuer à vivre.
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