Mali : scandale après le meurtre d’un patron de bar par un mercenaire russe
- Towanou Johannes
- Nov 12, 2025
- 3 min read

La capitale malienne a été le théâtre d’un drame glaçant dans la nuit du 5 au 6 novembre 2025.
Un patron de bar libanais a été tué par un mercenaire russe appartenant au groupe Africa Corps, selon plusieurs sources hospitalières, locales et sécuritaires citées par l’AFP.
Les faits se sont déroulés dans le quartier animé de Badalabougou.
Ce soir-là, le mercenaire russe, venu s’amuser avec des collègues, aurait refusé de quitter l’établissement au moment de la fermeture.
Face à l’insistance du propriétaire, il aurait sorti son arme et tiré à bout portant trois balles dans la tête du Libanais.
« Selon nos informations, la victime aurait simplement demandé aux hommes blancs (les Russes) de quitter les lieux pour qu’il ferme le bar, ce qui n’a pas été du goût de ces derniers », a témoigné un membre de la protection civile sous anonymat.
Lorsque les secours sont arrivés, le patron du bar était grièvement blessé et avait déjà perdu beaucoup de sang.
Transporté en urgence à l’hôpital, il a succombé à ses blessures le lendemain, le 6 novembre.
« Il est mort finalement malgré la tentative de lui extraire les balles du crâne », a confié une source hospitalière.
Africa Corps, la nouvelle force russe au Mali
Depuis le départ définitif de l’armée française du Mali en 2022, le pays a renforcé sa coopération militaire avec la Russie dans sa lutte contre les groupes djihadistes.
Initialement, c’est le groupe Wagner, dirigé par Evgueni Prigojine, qui opérait sur le terrain.
Après la mort de ce dernier en août 2023, Wagner s’est progressivement désintégré.
En juin 2025, un nouveau groupe paramilitaire russe, baptisé Africa Corps, a pris la relève.
C’est à cette formation qu’appartenait le mercenaire impliqué dans le meurtre du barman.
Depuis leur arrivée, les membres d’Africa Corps sont régulièrement accusés de violences et d’exactions contre les civils.
“Les autorités font tout pour étouffer l’affaire”
Alors que la communauté libanaise du Mali réclame justice, le silence des autorités choque.
Selon un responsable de cette communauté, aucune mesure judiciaire n’a été engagée contre le tireur.
« Les autorités maliennes font tout pour étouffer l’affaire », a affirmé ce responsable à l’AFP, dénonçant une série d’abus commis par les mercenaires russes.
Le même responsable accuse ces hommes d’agir en toute impunité :
« Il ne se passe pas une semaine sans des exactions des Russes. Deux jours avant, ils ont fermé un autre bar pour molester toute la clientèle. »
La communauté libanaise menace désormais de se mobiliser si les autorités ne réagissent pas.
« Nous avons une rencontre mardi, si les autorités tentent d’empêcher la plainte, nous allons ameuter toute l’opinion nationale », a prévenu ce représentant.
Un contexte sécuritaire de plus en plus explosif
Le meurtre intervient dans un climat déjà tendu. Depuis plusieurs mois, le Mali fait face à une recrudescence d’attaques djihadistes, notamment celles du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
Début septembre, le JNIM a imposé un blocus du carburant et tente de contrôler plusieurs grands axes routiers, fragilisant économiquement la capitale Bamako.
Les Forces armées maliennes (FAMA), appuyées par les paramilitaires russes, peinent à contenir cette pression.
Le 9 novembre, la situation a pris une tournure encore plus dramatique lorsque le JNIM a exécuté publiquement Mariam Cissé, une célèbre tiktokeuse malienne connue pour son soutien aux FAMA.
Un meurtre symbole d’un malaise grandissant
Cette affaire illustre le malaise croissant autour de la présence des mercenaires russes au Mali.
Si leur arrivée avait été présentée comme une solution face au terrorisme, les récentes violences imputées à leurs membres suscitent l’inquiétude.
Pour de nombreux observateurs, ce meurtre révèle la dérive sécuritaire d’un pays où la frontière entre la protection et la répression devient de plus en plus floue.









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