Niger : Niamey relance son projet d’uranium tourne le dos à...

Au Niger, le secteur de l’uranium connaît un nouveau tournant. Le gouvernement dirigé par le général Abdourahamane Tiani a conclu un nouvel accord avec la Madaouela Mining Company (MAMICO) afin de relancer le projet d’exploitation du gisement d’uranium de Madaouela, dans le nord du pays.
Cet accord intervient après plusieurs années de tensions autour du permis d’exploitation et alors que Niamey cherche à reprendre davantage de contrôle sur ses ressources minières.
Un nouvel accord pour relancer Madaouela
Selon les termes annoncés par les autorités nigériennes, l’État détient désormais 40 % du projet, tandis que MAMICO en détient 60 %.
Cette dernière est contrôlée par le groupe australien Atomic Eagle, qui a repris les actifs de l’ancien groupe canadien GoviEx après sa réorganisation.
Le nouvel accord prévoit également le versement d’une redevance initiale de 10 millions de dollars, ainsi que des investissements destinés au développement local.
Le dispositif prévoit aussi un renforcement des capacités de l’administration minière nigérienne, dans un contexte où le gouvernement affiche sa volonté d’accroître les retombées économiques tirées de l’exploitation des ressources naturelles.
Environ 1 000 emplois annoncés
Le projet est également présenté par les autorités comme une opportunité importante pour l’emploi.
Selon le ministère nigérien des Mines, l’exploitation du gisement devrait permettre la création d’environ 1 000 emplois au profit de jeunes Nigériens.
Pour Niamey, la relance de Madaouela doit ainsi permettre de combiner exploitation minière, recettes pour l’État, investissements locaux et création d’emplois.
Le gouvernement veut surtout montrer que les ressources naturelles du Niger peuvent être exploitées dans un cadre qu’il considère comme davantage favorable aux intérêts nationaux.
Deux ans après la rupture avec GoviEx
Ce nouvel accord intervient après une longue période de confrontation entre les autorités nigériennes et l’ancien détenteur du permis.
En 2024, le Niger avait retiré à GoviEx son permis d’exploitation du projet de Madaouela, officiellement dans le cadre d’une réorganisation du dossier minier.
La décision avait provoqué une réaction du groupe, qui avait engagé une procédure d’arbitrage international.
GoviEx soutenait notamment que les autorités nigériennes lui avaient demandé de commencer l’exploitation de la mine avant le 3 juillet 2024, sous peine de voir son permis révoqué.
Le différend avait alors placé le projet d’uranium de Madaouela au cœur d’un bras de fer entre Niamey et l'entreprise minière.
Orano également poussé vers la sortie
La relance de Madaouela intervient également dans un contexte de rupture profonde entre le Niger et le groupe français Orano.
Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires en juillet 2023, les relations entre Niamey et l’ancien partenaire français se sont fortement dégradées autour de l’exploitation de l’uranium nigérien.
Le groupe français, contrôlé à 90 % par l’État français, exploitait notamment l’uranium au Niger à travers ses filiales locales.
Les autorités nigériennes ont contesté les conditions dans lesquelles les ressources étaient exploitées et ont finalement pris le contrôle de la filiale locale d’Orano.
Le groupe français a, de son côté, engagé plusieurs procédures judiciaires et arbitrales pour contester les décisions prises par les autorités nigériennes.
La Russie désormais dans le nouvel horizon de Niamey
Cette rupture avec les partenaires français s’inscrit dans la nouvelle orientation diplomatique et économique du régime militaire.
Depuis le coup d’État de juillet 2023, Niamey s’est progressivement éloigné de la France et a cherché à diversifier ses partenariats, notamment avec la Russie.
Le rapprochement avec Moscou est devenu l’un des marqueurs de la politique extérieure du régime de Tiani, parallèlement au renforcement des relations avec les autres pays de l’Alliance des États du Sahel.
Dans le secteur minier comme dans le domaine sécuritaire, Niamey affirme désormais vouloir privilégier des partenaires considérés comme plus conformes à ses intérêts.
Avec la relance de Madaouela, le Niger tente donc de tourner une nouvelle page dans l’exploitation de son uranium.
Mais entre le contentieux avec GoviEx devenu Atomic Eagle, la rupture avec Orano et la recherche de nouveaux partenaires, le secteur minier nigérien reste au cœur d’une profonde recomposition depuis l’arrivée des militaires au pouvoir.




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