Piégés en Russie: des Africains envoyés en guerre malgré eux
- Towanou Johannes
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Parti chercher du travail, il s’est retrouvé soldat malgré lui. Le témoignage de Balogun Adisa Ridwan, Nigérian de 32 ans, éclaire un mécanisme de recrutement controversé visant des étrangers, notamment africains, dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Un départ pour travailler, une arrivée sous contrainte
Balogun quitte le Nigeria avec un visa touristique pour la Russie, espérant exercer comme ingénieur ou mécanicien.
À son arrivée, son téléphone est confisqué et il est conduit sur une base militaire. Sans traducteur et ne comprenant pas la langue, il signe un contrat avec l’armée russe.
« Le jour de la signature, je ne comprenais pas la langue. On ne nous a pas permis d’utiliser nos téléphones pour traduire. Nous avons signé sans savoir », affirme-t-il.
Convaincu qu’il serait affecté à un poste technique, il découvre qu’il est destiné au combat.
Une formation sommaire et des conditions alarmantes
Selon son récit, la préparation militaire est brève et désorganisée.
Les recrues restent privées de leurs téléphones, sans explications ni communication avec leurs familles. L’entraînement dure environ seize jours.
Un autre Africain, nommé Bubaka, a été victime d’une crise cardiaque durant la formation.
Cela n'a pas empêché son envoi au front après une hospitalisation, en dépit de sa demande formelle de ne pas combattre.
Du front à la captivité : « J’ai eu de la chance d’être capturé »
Déployé dans l’est de l’Ukraine, Balogun dit avoir découvert sa position dans des conditions extrêmes. Lors d’un moment de répit, des soldats ukrainiens approchent.
Lui et un autre étranger, également trompé selon ses propos, se rendent immédiatement.
Il est capturé le 13 janvier 2026 près de Lyman, dans la région de Donetsk, par des combattants de la 117e brigade de défense territoriale.
« J’ai eu de la chance d’être capturé par les Ukrainiens. Ce sont de bonnes personnes. »
Il ajoute avoir été accueilli, vêtu et maintenu au chaud après sa reddition. Ironie de l'histoire, dans son pays, certains médias l’avaient déjà annoncé mort.
Un appel au président nigérian
Aujourd’hui prisonnier de guerre, Balogun sollicite l’autorisation de rentrer chez lui.
Il lance un appel direct au président du Nigeria, Bola Ahmed Tinubu :
« Je demande pardon à mon gouvernement et à mon président. Je suis parti pour nourrir ma famille. Le gouvernement russe m’a trompé et m’a transformé en soldat. »
Selon le droit nigérian, la participation comme mercenaire à un conflit étranger peut être lourdement sanctionnée.
Balogun affirme néanmoins n’avoir eu « aucun véritable choix ».
Un phénomène documenté
Les services de renseignement ukrainiens estiment que plus de 1 400 Africains issus de 36 pays ont été recrutés pour combattre aux côtés de la Russie, souvent via des promesses d’emplois civils ou de missions éloignées du front.
Des gouvernements africains ont multiplié les mises en garde. Le Kenya a fermé plus de 600 agences accusées de proposer de fausses offres à l’étranger.
Pendant ce temps, les autorités nigérianes ont dénoncé ces pratiques et alerté leurs ressortissants.
Des listes recueillies par des initiatives liées aux prisonniers de guerre mentionnent des milliers d’étrangers ayant servi ou servant encore dans l’armée russe.
Les témoignages convergent sur des schémas de désinformation, de contrainte et de déploiement sans préparation suffisante.
Une alerte pour les candidats à l’exil
Le parcours de Balogun Adisa Ridwan dépasse un destin individuel. Il révèle les dangers d’une migration économique vulnérable face à des réseaux promettant emploi et stabilité.
Nombre de ces réseaux mènent soit à la ligne de front, à la captivité ou à la mort.
Pour de nombreux pays africains, l’enjeu est désormais double. Il urge de protéger les citoyens et en même temps, de démanteler les filières qui exploitent leurs espoirs.









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