Révélations sur les graves manœuvres de la Chine dans ce pays africain
- sossouaurel8
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Une enquête internationale relance une affaire aussi sensible que spectaculaire : entre 2000 et 2024, entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient été exportées depuis la République démocratique du Congo (RDC) à l’intérieur de cargaisons d’hydroxyde de cobalt, principalement à destination de la Chine.
Kinshasa conteste fermement les conclusions de l’étude et annonce une série de vérifications.
L’affaire fait grand bruit dans le secteur minier congolais et pourrait prendre une dimension internationale.
Une étude publiée le 30 juillet 2026 dans la revue scientifique Nature Communications affirme que d’importantes quantités d’uranium auraient quitté la RDC en étant intégrées aux exportations de cobalt.
Les chercheurs Ryan A. Manzuk et Sébastien Philippe estiment que 2 000 à 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient ainsi été exportées entre 2000 et 2024 sous forme de cargaisons d’hydroxyde de cobalt.
Selon leur analyse, environ 65 % de ces volumes auraient été destinés à des entreprises chinoises, qui occupent une place dominante dans le raffinage mondial du cobalt.
Mais une précision s’impose : l’étude ne démontre pas que la Chine aurait délibérément acheté ou organisé un trafic clandestin d’uranium.
Elle met plutôt en évidence la présence et le transfert probable d’uranium naturellement associé aux minerais de cobalt, ainsi que des failles présumées dans son suivi et sa comptabilisation.
Un phénomène lié à la géologie du Katanga
Au cœur de cette affaire se trouve une réalité géologique connue : dans la Copperbelt congolaise, notamment dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, l’uranium peut naturellement se retrouver associé aux minerais de cobalt.
Les chercheurs expliquent que les deux éléments peuvent suivre des trajectoires similaires au cours des procédés hydrométallurgiques utilisés pour traiter le minerai.
En l’absence de procédé spécifique permettant de retirer l’uranium, celui-ci peut donc se retrouver dans l’hydroxyde de cobalt destiné à l’exportation.
L’étude estime également que 1 000 à 4 000 tonnes supplémentaires d’uranium auraient pu finir dans des résidus miniers, créant, selon les chercheurs, des interrogations environnementales et sanitaires.
Un document confidentiel de l’AIEA au cœur des révélations
L’enquête de Lighthouse Reports, menée avec plusieurs médias internationaux, s’est notamment appuyée sur un document confidentiel daté de 2009 et attribué à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Ce document aurait fait état de la présence d’uranium en « quantités significatives » dans une grande partie des minerais de cobalt du Katanga et évoqué son exportation comme sous-produit du cobalt.
Ces éléments viennent nourrir les interrogations sur la manière dont les cargaisons contenant naturellement de l’uranium ont été identifiées, contrôlées et déclarées au fil des années.
Kinshasa rejette les conclusions de l’étude
Face à la polémique, le gouvernement congolais a réagi. Dans un communiqué publié le 6 août, le ministère de la Communication et des Médias reconnaît la présence naturelle d’uranium dans certains gisements de cobalt du Lualaba et du Haut-Katanga.
Mais Kinshasa refuse d’y voir, à ce stade, la preuve d’une exportation illégale d’uranium.
Le gouvernement parle d’un phénomène de co-minéralisation, qui ne constituerait « ni une anomalie ni le fruit d’une démarche intentionnelle, ni même une violation » des engagements internationaux de la RDC.
Kinshasa conteste également l'interprétation donnée aux données scientifiques. Selon le gouvernement, dans le cadre des pratiques de garanties de l’AIEA, l’uranium présent à l’état de traces dans un concentré de cobalt n’entre pas automatiquement dans la comptabilité nucléaire s’il n’est pas spécifiquement récupéré comme matière brute.
Autrement dit, la présence d’uranium dans une cargaison de cobalt ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit d’une cargaison d’uranium exportée clandestinement.
La RDC veut désormais vérifier les faits
Plutôt que de laisser l’affaire s’enliser dans une bataille d’interprétations, les autorités congolaises annoncent plusieurs mesures.
Une campagne de vérification analytique contradictoire doit notamment être menée sur des échantillons représentatifs d’exportations d’hydroxyde de cobalt.
Les analyses doivent être réalisées à la fois par un laboratoire national et par un laboratoire international accrédité.
Cette opération sera conduite avec la participation du Comité national de protection contre les rayonnements ionisants, du Commissariat général à l’énergie atomique et du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification.
Kinshasa annonce également la création d’un groupe de travail interministériel chargé de vérifier les accusations, d’établir les faits et d’évaluer les éventuels risques sanitaires et environnementaux. Son rapport est attendu dans un délai de 60 jours.
Kinshasa veut associer l’AIEA
Le gouvernement congolais prévoit par ailleurs d’engager des consultations avec l’Agence internationale de l’énergie atomique afin d’obtenir un appui technique.
Cette démarche pourrait permettre de clarifier un point essentiel : quelle quantité d’uranium se trouve réellement dans les cargaisons de cobalt exportées depuis la RDC ?
Dans quelle mesure cette présence relève-t-elle d’un phénomène naturel, d’un défaut de traitement ou d’une véritable absence de contrôle réglementaire ?
La question est d’autant plus sensible que la RDC possède une histoire particulière avec l’uranium.
Le gisement de Shinkolobwe, dans l’ancien Katanga, a notamment fourni une partie de l’uranium utilisé dans le cadre du projet Manhattan pendant la Seconde Guerre mondiale. Le site est aujourd’hui officiellement fermé.
Les sociétés minières chinoises démentent toute teneur excessive
Les entreprises chinoises présentes dans le secteur congolais sont également montées au créneau.
L’Union des sociétés minières chinoises au Congo (USMCC) affirme avoir mené ses propres vérifications auprès de ses membres.
Selon elle, aucun produit de cobalt examiné n’aurait présenté une teneur excessive en uranium.
Cette réaction ajoute une nouvelle dimension au dossier, alors que les chercheurs eux-mêmes prennent certaines précautions dans leurs conclusions.
L’étude publiée dans Nature Communications ne permet notamment pas de déterminer ce que serait devenu l’uranium après son arrivée à destination.
Les chercheurs identifient un flux probable d’uranium contenu dans des produits de cobalt, mais ne prétendent pas avoir établi son utilisation ultérieure.
Une affaire qui dépasse largement le cobalt
Au-delà de la polémique sur les chiffres, cette affaire soulève une question majeure : comment contrôler efficacement les matières naturellement radioactives qui circulent à l’intérieur de chaînes d’approvisionnement conçues pour transporter d’autres minerais ?
La question concerne à la fois la sécurité nucléaire, la santé des travailleurs, la protection de l’environnement et la transparence du commerce international des minerais stratégiques.
Pour la RDC, l'enjeu est également celui de la souveraineté. Le pays entend démontrer que ses ressources naturelles sont exploitées et exportées dans le respect de ses lois et de ses engagements internationaux.
Pour la Chine, la controverse pourrait à l’inverse alimenter les interrogations sur les chaînes d’approvisionnement de son industrie du cobalt, secteur stratégique pour les batteries et la transition énergétique.
Pour l’heure, aucune preuve publique ne permet d’affirmer que la Chine aurait volontairement organisé l’importation clandestine d’uranium congolais.
Ce que révèle l’étude, c’est l’existence présumée d’un important flux d’uranium naturel embarqué avec du cobalt et insuffisamment comptabilisé selon les chercheurs.
La vérification annoncée par Kinshasa, avec l’implication de laboratoires indépendants et potentiellement de l’AIEA, sera donc déterminante.
Elle pourrait permettre de transformer une accusation spectaculaire en faits scientifiquement et juridiquement établis.
Une chose est désormais certaine : derrière les cargaisons de cobalt congolais se trouve une question beaucoup plus sensible que celle du simple commerce d’un minerai stratégique.




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