Sénégal: Ousmane Sonko veut obliger Bassirou Diomaye Faye à...

La bataille autour de la transparence financière des plus hautes autorités sénégalaises prend une nouvelle tournure.
Après l’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi n°33/2026 portant modification de l’article 37 de la Constitution, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, pousse désormais le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye à franchir une nouvelle étape : accepter que la déclaration de patrimoine présidentielle intervienne non seulement au début, mais également à la fin du mandat.
Derrière cette réforme apparemment technique se joue en réalité un nouvel épisode du bras de fer politique entre les deux anciens compagnons de route.
Le texte touche directement aux obligations de transparence imposées aux principaux détenteurs du pouvoir exécutif et législatif.
Une obligation qui change de dimension
Avant cette réforme, le dispositif constitutionnel imposait au président de la République de déposer une déclaration écrite de patrimoine auprès du Conseil constitutionnel au début de son mandat. Cette déclaration devait ensuite être rendue publique.
La modification adoptée par les députés introduit une évolution majeure : le président devra désormais déclarer son patrimoine à son entrée en fonction mais également à la fin de son mandat.
L’objectif affiché est de permettre une comparaison entre la situation patrimoniale du chef de l’État au moment où il accède au pouvoir et celle qu’il présente lorsqu’il quitte ses fonctions.
Une disposition qui donne une portée nouvelle au principe de reddition des comptes et qui place directement le président de la République sous le regard de l’opinion publique à la fin de son exercice.
Sonko pousse Diomaye vers une nouvelle obligation
C’est précisément sur ce point que le nouveau président de l’Assemblée nationale entend aller jusqu’au bout de la logique de transparence.
Le président du groupe parlementaire PASTEF, Ayib Daffé, a appelé Bassirou Diomaye Faye à promulguer le texte sans nouvelle saisine du Conseil constitutionnel.
Cette position intervient dans un contexte particulièrement sensible entre le président de la République et son ancien Premier ministre.
Après leur rupture politique, chaque réforme institutionnelle est désormais scrutée à travers le prisme du rapport de force entre les deux hommes.
En poussant à l’entrée en vigueur de cette réforme, le camp Sonko entend ainsi inscrire dans la loi fondamentale une obligation qui concernerait directement l’actuel chef de l’État lorsqu'il arrivera au terme de son mandat.
Le Premier ministre et le président de l’Assemblée également concernés
La réforme ne se limite cependant pas au président de la République.
Le nouveau dispositif étend également l'obligation de déclaration de patrimoine au Premier ministre et au président de l’Assemblée nationale.
Cette extension donne une dimension particulière au texte puisque les trois principales autorités politiques visées se trouvent aujourd’hui au cœur d’une recomposition institutionnelle majeure.
Bassirou Diomaye Faye dirige l’exécutif, Ahmadou Al Amine Lô conduit le gouvernement et Ousmane Sonko préside l’Assemblée nationale.
Tous trois seraient donc soumis à cette exigence renforcée de transparence.
Un débat électrique à l’Assemblée nationale
L’adoption du texte n’a pas été une formalité.
Les débats ont été particulièrement tendus dans l’Hémicycle.
Le député de l’opposition Abdou Mbow a notamment accusé la majorité PASTEF de chercher à modifier la portée réelle du texte, estimant que la réforme touchait directement le président de l’Assemblée nationale.
La tension est montée d’un cran avant que l’élu ne finisse par se ressaisir.
Mais au-delà des échanges houleux, le débat révèle surtout une réalité : la question de la déclaration de patrimoine est devenue un enjeu politique majeur au Sénégal.
Dans un pays où la transparence de la gestion publique figure parmi les promesses centrales du projet de transformation porté par PASTEF, chaque responsable politique est désormais appelé à accepter davantage de contrôle sur son patrimoine et sur l’exercice de ses fonctions.
Le PASTEF montre aussi ses premières fissures
Le vote a également mis en lumière des divergences au sein même de la majorité parlementaire.
Les positions prises par certains députés de PASTEF, notamment Djiby Ciss et Félicité Mbougane Sarr, ont montré que le parti n’aborde pas nécessairement toutes les questions institutionnelles d’une seule voix.
Cette situation est particulièrement intéressante dans le contexte actuel.
Depuis la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, la majorité parlementaire constitue le principal levier institutionnel dont dispose le président de l’Assemblée nationale.
Chaque vote devient donc potentiellement un indicateur de la solidité du rapport de force au sein de PASTEF.
Le précédent texte avait été censuré
Cette nouvelle bataille intervient surtout après un précédent épisode particulièrement important.
Une première réforme constitutionnelle, adoptée par l’Assemblée nationale le 29 juin 2026, avait été soumise au Conseil constitutionnel par le chef de l’État. Les sages avaient finalement invalidé le texte.
Cette précédente réforme prévoyait notamment d’interdire au président de la République en exercice de diriger un parti politique ou une coalition de partis.
Elle renforçait également certaines prérogatives du Premier ministre et de l’Assemblée nationale et prévoyait une augmentation des moyens de la future Cour constitutionnelle.
Le Conseil constitutionnel avait notamment estimé que les règles constitutionnelles requises pour l’adoption du texte n’avaient pas été respectées.
La question financière liée à l’augmentation des moyens de la future juridiction avait également posé problème, aucune recette destinée à compenser cette charge n’étant prévue.
Le nouveau texte intervient donc après cette première confrontation institutionnelle.
Sonko veut éviter un nouvel affrontement avec les sages
Conscient du précédent, le camp d’Ousmane Sonko souhaite désormais que la réforme soit promulguée.
Ayib Daffé demande ainsi au président Bassirou Diomaye Faye de ne pas procéder à une nouvelle saisine du Conseil constitutionnel.
L’enjeu est de taille : une nouvelle saisine pourrait ouvrir un nouveau bras de fer institutionnel entre l’exécutif, la majorité parlementaire et les sages.
Mais surtout, elle replacerait la réforme dans le contexte plus large de la confrontation politique entre les deux anciens alliés.
Une réforme qui dépasse la simple question du patrimoine
Derrière la déclaration de patrimoine se trouve une question beaucoup plus profonde : quelle conception du pouvoir le Sénégal veut-il désormais consacrer dans sa Constitution ?
Pour le camp Sonko, l’exercice d’une fonction publique doit s’accompagner d’une obligation de transparence renforcée.
Le patrimoine d’un dirigeant ne devrait donc pas seulement être connu au moment où celui-ci accède au pouvoir, mais également lorsqu’il le quitte.
Cette logique permettrait, en théorie, à l’opinion de mesurer les éventuelles évolutions patrimoniales intervenues durant l’exercice des responsabilités.
Et c’est précisément ce qui donne à cette réforme une portée politique considérable.
Diomaye face à un nouveau choix
Bassirou Diomaye Faye se retrouve désormais devant un choix institutionnel et politique.
S’il promulgue le texte, il consacrera une réforme qui renforcera les obligations de transparence pesant sur le président de la République, y compris au terme de son mandat.
S’il décide de saisir à nouveau le Conseil constitutionnel, il pourrait provoquer un nouvel épisode de tension avec une Assemblée nationale largement dominée par PASTEF et dirigée par Ousmane Sonko.
Dans les deux cas, le dossier illustre le nouveau rapport de force au sommet de l’État sénégalais.
Après le limogeage de Sonko de la Primature, son élection à la présidence de l’Assemblée nationale et les nombreuses confrontations institutionnelles qui ont suivi, la bataille autour de la déclaration de patrimoine pourrait ainsi devenir l’un des prochains tests grandeur nature de la cohabitation entre les deux anciens alliés.
Et derrière cette réforme se profile une question essentielle : Bassirou Diomaye Faye acceptera-t-il d’inscrire dans la Constitution l’obligation de rendre compte de son patrimoine au moment où il quittera le pouvoir ?




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