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Sommet Russie-Afrique: Moscou sous tension à quelques semaines du rendez-vous

54 minutes ago
7 min read

À l’approche du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique qui aura lieu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, les délégations africaines sont confrontées à une préoccupation inhabituelle : les conditions de sécurité du déplacement vers la capitale russe.


Depuis plusieurs mois, les attaques de drones ukrainiens perturbent régulièrement le trafic aérien dans plusieurs régions de Russie, y compris autour de Moscou.


Dans le même temps, un nouveau rapport d’Amnesty International sur le Mali met en cause les forces maliennes et le groupe Wagner dans de graves violations contre des civils.


Deux dossiers distincts qui viennent néanmoins placer la coopération sécuritaire et politique entre Moscou et plusieurs pays africains sous une lumière particulièrement crue.


Moscou confrontée à la menace des drones


Le déplacement des délégations africaines vers la Russie intervient dans un contexte sécuritaire inédit.


Le 20 septembre, une vaste attaque de drones ukrainiens a provoqué d'importantes perturbations dans la région de Moscou.


Les autorités russes ont affirmé avoir intercepté plus de 450 drones visant la capitale, dans le cadre d'une attaque beaucoup plus large ayant impliqué plus de 1 600 appareils à l'échelle du pays.


L'offensive a notamment entraîné des perturbations dans le trafic aérien et touché des infrastructures dans la région moscovite.


Les autorités russes ont fait état de morts et de dégâts matériels, tandis que les aéroports ont été confrontés à des restrictions temporaires.


Pour les délégations étrangères qui doivent rejoindre Moscou, cette situation constitue nécessairement un facteur de préoccupation.


Car au-delà de la sécurité dans la capitale, c'est la fiabilité des liaisons aériennes qui se trouve directement affectée par la multiplication des attaques de drones et les mesures de protection mises en place par les autorités russes.


Air Tanzania suspend temporairement sa liaison vers Moscou


Cette inquiétude n'est pas seulement théorique. Début septembre, la compagnie Air Tanzania avait temporairement suspendu sa liaison entre Dar es Salaam et Moscou après une évaluation des risques liés à la situation sécuritaire.


Cette décision a constitué un signal particulièrement important pour les voyageurs africains.


Elle montre que les perturbations liées à la guerre russo-ukrainienne ne concernent plus uniquement les populations vivant dans les zones directement touchées par le conflit.


Elles peuvent également avoir des conséquences sur les liaisons aériennes internationales reliant la Russie au continent africain.


À l'approche du sommet, les délégations doivent donc composer avec une question qui dépasse désormais le seul agenda diplomatique : comment rejoindre Moscou dans des conditions de sécurité et de prévisibilité suffisantes ?


L'EASA met en garde contre les risques liés à l'espace aérien russe


Les inquiétudes sont également alimentées par les recommandations de l'Agence de l'Union européenne de la sécurité aérienne, l'EASA.


L'agence recommande aux opérateurs relevant de son champ d'application d'éviter certaines portions de l'espace aérien russe, notamment autour de Moscou.


Plusieurs risques sont mis en avant : les attaques de drones, l'activité des systèmes de défense antiaérienne, les risques d'erreur d'identification d'appareils civils ainsi que les perturbations des systèmes de navigation par satellite.


Ces recommandations ne constituent pas une interdiction générale pour les délégations africaines de se rendre en Russie.


Elles illustrent cependant le niveau de risque aérien que les transporteurs doivent désormais prendre en considération lorsqu'ils planifient des vols vers certaines régions russes.


Un sommet qui intervient dans un contexte particulier


C'est donc dans ce climat que Moscou s'apprête à accueillir les délégations africaines.


Le Sommet Russie-Afrique doit permettre à la Russie de consolider ses relations avec le continent et de mettre en avant ses partenariats économiques, politiques, militaires et diplomatiques.


Depuis plusieurs années, Moscou cherche à renforcer son influence en Afrique, notamment dans les pays du Sahel.


Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont progressivement pris leurs distances avec plusieurs partenaires occidentaux traditionnels et développé des relations beaucoup plus étroites avec la Russie.


Mais alors que Moscou veut apparaître comme un partenaire alternatif capable d'accompagner les États africains dans leurs choix souverains, le contexte sécuritaire russe vient rappeler que le partenariat avec la Russie se déroule lui-même dans l'environnement d'une guerre.


Le Mali, autre dossier embarrassant pour le partenariat russe


La question sécuritaire revient également au premier plan avec la publication, le 29 septembre, d'un rapport particulièrement sévère d'Amnesty International consacré au Mali.


L'organisation affirme avoir documenté des crimes de guerre présumés commis par les forces armées maliennes et des membres du groupe Wagner au cours d'opérations menées entre juin 2023 et décembre 2025.


Le rapport, intitulé « Nul n'est épargné », porte sur sept localités des régions de Ségou, Mopti et Tombouctou.


Selon Amnesty, au moins 34 civils ont été tués illégalement au cours des incidents étudiés.


L'organisation affirme que certaines victimes auraient été abattues alors qu'elles tentaient de fuir ou après leur arrestation. D'autres auraient été égorgées ou brûlées.


Des frappes de drones qui auraient fait 23 morts


Le rapport revient également sur deux frappes de drones menées par les forces armées maliennes dans la région de Tombouctou.


La première aurait frappé un marché à Ejdeir le 16 mars 2025. La seconde aurait touché une maison familiale à Tangata en novembre 2025.


Amnesty affirme que 23 personnes au total ont été tuées dans ces deux frappes, dont au moins cinq enfants.


L'organisation indique n'avoir trouvé aucune preuve de la présence de combattants ou d'objectifs militaires sur les deux sites visés.


Si ces conclusions étaient confirmées, Amnesty estime que les attaques pourraient constituer des crimes de guerre et demande l'ouverture d'enquêtes impartiales.


L'armée malienne avait pourtant présenté la frappe d'Ejdeir comme une opération contre des « rassemblements terroristes » et affirmé avoir tué onze terroristes.


Amnesty estime que les éléments géographiques et temporels communiqués par les autorités correspondent à la frappe qui avait touché le marché.


Des témoignages de torture particulièrement lourds


Le rapport ne s'arrête pas aux opérations militaires. Amnesty International affirme également avoir recueilli les témoignages de 15 hommes ayant survécu à des actes de torture et à d'autres mauvais traitements lors de patrouilles conjointes entre les FAMa et Wagner ou pendant leur détention dans les bases militaires de Léré et de Nampala.


Les survivants décrivent des méthodes particulièrement violentes : suspension par les bras, simulations de noyade, passages à tabac à l'aide de barres de fer et électrocutions.


L'organisation affirme également que des témoins ont rapporté la mort de cinq personnes à la suite de tortures ou de mauvaises conditions de détention.


Selon Amnesty, ces actes auraient principalement été commis par des membres de Wagner en présence de militaires maliens.


Ces derniers auraient parfois servi d'interprètes et, dans certains cas, n'auraient pas empêché les violences.


Les communautés pastorales particulièrement exposées


L'ONG affirme que les personnes ciblées dans les incidents documentés appartenaient notamment aux communautés peule, arabe et touareg.


Cette dimension communautaire ajoute une inquiétude supplémentaire à la situation sécuritaire malienne.


Alors que les autorités affirment mener une guerre contre les groupes jihadistes et les mouvements armés, les organisations de défense des droits humains redoutent que des populations civiles soient assimilées aux combattants en raison de leur appartenance communautaire ou de leur mode de vie pastoral.


Amnesty rappelle toutefois que les violations ne sont pas exclusivement imputées aux forces maliennes et à leurs partenaires étrangers : l'organisation affirme également avoir documenté de graves violations commises par les groupes armés non étatiques opérant au Mali.


Wagner devenu Africa Corps


Un élément important doit toutefois être précisé. Le rapport d'Amnesty porte principalement sur les opérations menées avec Wagner, dont la présence au Mali s'est achevée en juin 2025.


Wagner a ensuite été remplacé par Africa Corps, une structure russe liée au ministère russe de la Défense.


Il serait donc abusif d'attribuer directement à Africa Corps l'ensemble des faits documentés dans le rapport.


En revanche, le rapport remet en question le bilan du partenariat sécuritaire russe au Mali et demande notamment aux autorités maliennes de rendre public l'accord conclu avec Africa Corps et de clarifier la chaîne de commandement sous laquelle opèrent les personnels étrangers.


Une coopération russe de plus en plus scrutée


Depuis le départ des forces françaises et la fin de la présence de la mission de l'ONU, Bamako a fait de la Russie l'un de ses principaux partenaires stratégiques.


L'arrivée de Wagner devait notamment contribuer à renforcer les capacités de l'armée malienne et à permettre au pouvoir de reprendre le contrôle des zones confrontées aux groupes jihadistes.


Mais les attaques continuent et les populations restent fortement exposées.


Les lourdes pertes enregistrées par les forces maliennes lors de récentes attaques jihadistes, auxquelles s'ajoutent les accusations de violations contre des civils, alimentent les interrogations sur les résultats de cette nouvelle architecture sécuritaire.


Le problème est désormais double pour Bamako : faire face aux groupes jihadistes qui continuent de frapper les positions militaires et, parallèlement, répondre aux accusations de violations graves commises au cours de certaines opérations de contre-insurrection.


Moscou veut renforcer son influence malgré les critiques


Pour la Russie, le Sommet Russie-Afrique représente une occasion de démontrer que son influence sur le continent ne se limite pas au domaine militaire.


Moscou entend également développer les échanges commerciaux, l'énergie, les infrastructures, l'éducation et les relations diplomatiques avec les États africains.


Mais le contexte actuel rend cette démonstration plus complexe.


D'un côté, les délégations africaines doivent tenir compte des risques liés aux perturbations du trafic aérien autour de Moscou.


De l'autre, le partenaire russe est de plus en plus scruté sur le terrain africain, notamment au Mali, où les résultats sécuritaires et les méthodes employées par les forces alliées de Bamako font l'objet de critiques.


Un sommet sous le signe des contradictions


Le paradoxe est donc frappant. La Russie veut se présenter comme un partenaire stratégique incontournable pour une Afrique qui cherche à diversifier ses alliances.


Toutefois, elle accueille ce sommet alors que sa propre capitale est régulièrement exposée aux attaques de drones et que son dispositif sécuritaire au Mali fait l'objet de nouvelles accusations de crimes de guerre.


Pour les délégations africaines, la question n'est pas nécessairement de renoncer au déplacement ou à la coopération avec Moscou.


Elle consiste plutôt à mesurer les risques et les implications d'un partenariat qui s'inscrit désormais dans un contexte géopolitique et sécuritaire particulièrement tendu.


À quelques jours du sommet, les drones qui perturbent les liaisons aériennes vers Moscou et les accusations d'Amnesty au Mali racontent, chacun à leur manière, les fragilités d'une relation Russie-Afrique en pleine expansion.


La rencontre de Moscou devra donc composer avec une réalité que les déclarations diplomatiques ne pourront pas entièrement masquer : derrière le discours sur le partenariat stratégique, les questions de sécurité, de responsabilité et d'efficacité restent plus que jamais au centre des débats.

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