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Un Etat africain piégé dans les griffes russes: l'accord de la honte

Sommet Russie-Afrique Crédit photo : Sputnik
Sommet Russie-Afrique Crédit photo : Sputnik


La République centrafricaine vit un moment charnière. Le président Faustin-Archange Touadéra est confronté à une décision cruciale : signer ou non un contrat imposé par la Russie pour officialiser le remplacement du groupe Wagner par une nouvelle structure paramilitaire, Africa Corps. Cette opération, loin d’être une simple transition de personnel, cache des enjeux financiers, militaires et stratégiques d'une ampleur sans précédent. Selon un document confidentiel présenté comme un "protocole additionnel", le ministère russe de la Défense réclame 15 millions de dollars par mois, soit environ 9 milliards de francs CFA mensuels, en échange des services d’Africa Corps. Une somme vertigineuse, à régler en espèces ou dans une « devise convertible », qui représenterait près de 40 % du budget annuel de l’État centrafricain en 2025. Sur un an, cela représenterait 180 millions de dollars, soit environ 108 milliards de francs CFA. Un gouffre budgétaire qui menace l’équilibre des finances publiques d’un pays déjà fragilisé.


Une pression diplomatique implacable


Malgré de nombreuses tentatives de négociation, la partie russe reste ferme.


Le ministre de la Défense Andreï Beloussov est chargé de signer le contrat côté russe.

Son vice-ministre, Iounous-bek Evkourov, a rencontré à plusieurs reprises Claude Rameaux Bireau, ministre centrafricain de la Défense, tant à Moscou qu’à Bangui. Mais leurs relations sont tendues.

Faustin-Archange Touadéra reçu par Vladimir Poutine à Mouscou, le 16 janvier 2025. © Eugenia Novozhenina / Pool / EFE / EPA / MaxPPP
Faustin-Archange Touadéra reçu par Vladimir Poutine à Mouscou, le 16 janvier 2025. © Eugenia Novozhenina / Pool / EFE / EPA / MaxPPP

Evkourov reproche à Bangui un manque de clarté dans ses engagements et soupçonne une volonté de retarder le processus.


Il a même invoqué des motifs considérés comme fallacieux, notamment le manque de logements pour les soldats d’Africa Corps, pour justifier certains blocages.


Pour faire monter la pression, Moscou a convoqué Claude Rameaux Bireau en mai dernier, espérant obtenir des garanties.


Le calendrier est désormais serré : l’ultimatum court jusqu’à la fin août. Si Bangui ne signe pas, la Russie pourrait reconsidérer sa présence militaire en Centrafrique, ouvrant un vide sécuritaire potentiellement déstabilisant.


Un contrat à plusieurs facettes


Au-delà du montant astronomique, le contrat avec Africa Corps implique une série d'engagements :

  • la lutte contre le terrorisme et les groupes armés,

  • la protection rapprochée des autorités,

  • l’entretien et la sécurisation des infrastructures stratégiques,

  • la formation des forces centrafricaines,

  • l’équipement des bases militaires.


En apparence, ce partenariat peut sembler structurant. Mais dans la réalité, il est imposé unilatéralement par Moscou, sans marge de manœuvre pour Bangui.


Les modalités de paiement – en liquide – renforcent le caractère opaque de l'accord.


La Centrafrique, qui peine déjà à régler ses salaires et à financer les services de base, voit ainsi son avenir financier davantage verrouillé.


La nouvelle stratégie de la Russie en Afrique centrale


Ce basculement de Wagner à Africa Corps n’est pas qu’un simple changement d’enseigne.


Il marque une reconfiguration de l’influence russe sur le continent africain. Avec Africa Corps, Moscou veut asseoir une présence plus officielle, institutionnelle et pérenne.


Contrairement à Wagner, souvent perçu comme une force agissant dans la zone grise du droit international, Africa Corps s’affiche comme un bras armé de l’État russe, avec un encadrement militaire classique.


La direction opérationnelle est désormais confiée au général Alexandre Bikatov, basé à Port-Soudan, qui pilote la stratégie russe en Afrique centrale.


La structure de commandement s’éloigne de Bangui pour être centralisée dans un espace logistique régional, avec des ramifications jusqu’en Guinée équatoriale et au Sahel.


Cette transformation met à l’écart Dmitri Sytyi, ancien chef de Wagner à Bangui et figure centrale du système d'autofinancement par l’exploitation minière.


Considéré comme l’éminence grise du dispositif russe dans le pays, Sytyi voit son influence décliner, alors même qu’il était un conseiller officieux du président Touadéra.


L’or, toujours l’or…


Le véritable enjeu reste toutefois le contrôle des ressources naturelles, et plus particulièrement l’or centrafricain.


Wagner avait fait de l’exploitation minière un pilier de son modèle économique : extraction directe, sécurisation armée et autofinancement.


Ndassima, Kouki, Ndélé… autant de sites exploités à huis clos, loin des radars de l’État.


Africa Corps, officiellement, n'exploitera pas directement les mines. Mais le plan russe prévoit que des sociétés minières russes privées prennent le relais, sous protection militaire.


L’exploitation des ressources serait ainsi déléguée à des acteurs civils, mais sous le parapluie sécuritaire d’Africa Corps, assurant une continuité dans la captation économique du pays.


En juin, des équipes d’Africa Corps ont déjà effectué une tournée dans les zones minières stratégiques.


Leur objectif : cartographier les anciens bastions de Wagner et préparer la reconversion économique de ces sites sous une nouvelle bannière.


Mais sur le fond, rien ne change : la Centrafrique cède ses richesses pour acheter sa sécurité.


Une souveraineté menacée


Derrière cette opération de façade se cache une réalité plus sombre. La Centrafrique est en train de monnayer sa souveraineté, en troquant son autonomie budgétaire contre un semblant de stabilité militaire.


En imposant des conditions drastiques, la Russie transforme sa présence en une relation de dépendance quasi contractuelle, où chaque mois de sécurité coûte une part croissante de la souveraineté nationale.


Ce modèle place Bangui dans une impasse stratégique : sans soutien russe, les risques sécuritaires explosent ; avec ce soutien, le pays se voit lié par des clauses budgétivores, des modalités opaques et une influence étrangère accrue dans ses institutions clés.


L’alternative d’un partenariat multilatéral ou d’un retour progressif à une armée nationale forte est totalement écartée.


Vers un protectorat déguisé ?


Avec Africa Corps, la Russie n’apporte pas seulement des soldats. Elle structure un système d’occupation douce, un protectorat qui ne dit pas son nom.


Les décisions militaires, les zones minières, les priorités budgétaires sont désormais orientées depuis Moscou.


Le pouvoir centrafricain, déjà affaibli, risque de devenir un simple gestionnaire local d’intérêts étrangers.


La présence militaire russe, en se régularisant, pourrait même devenir plus intrusive que celle de Wagner.


Car derrière le nouveau vernis légal et institutionnel, c’est un contrôle absolu de l’État centrafricain qui se met en place, sans contre-pouvoir réel, ni regard de la communauté internationale.


Dans cette architecture imposée, le peuple centrafricain demeure le grand absent.


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