Abus et manipulations: l'Afrique ne se tait plus face à la Russie
- Towanou Johannes
- 1 day ago
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La prise de position officielle de la Gambie marque un tournant. Dans un communiqué publié le 20 février 2026, Banjul a exprimé sa vive inquiétude face aux départs de ses ressortissants vers des zones de conflit à l’étranger, notamment dans la guerre en Ukraine.
Le message est clair. L’État n’autorise ni ne soutient la participation de ses citoyens à des guerres étrangères et toute implication se fait sous la seule responsabilité des individus concernés.
Cette déclaration s’inscrit dans un mouvement continental plus large, révélateur d’un éveil progressif des gouvernements africains face aux réseaux de recrutement liés à la Russie.
La Gambie lance l’alerte officielle
Les autorités gambiennes ont appelé les familles, les leaders religieux et les communautés à dissuader les jeunes tentés par des offres d’emploi à l’étranger susceptibles de masquer des engagements militaires.
Le gouvernement a confirmé que certains ressortissants africains engagés dans des conflits extérieurs ont perdu la vie, insistant sur les risques humains, juridiques et sécuritaires.
Au-delà de la mise en garde, cette communication officielle traduit une volonté politique nouvelle.
Celle de surveiller les filières de recrutement et prévenir l’exploitation de la vulnérabilité économique des jeunes.
Kenya : le dossier le plus documenté
Le cas le plus solidement établi concerne le Kenya. Un rapport des services de renseignement présenté au parlement en février 2026 indique que plus de 1 000 citoyens kényans ont été attirés en Russie.
Ceci, par des offres d’emploi trompeuses, souvent via des visas touristiques, avant d’être intégrés à des forces combattantes.
Les données communiquées aux autorités kényanes font état de 89 personnes engagées sur le front, 39 hospitalisées, 28 portées disparues et au moins un décès confirmé.
Les recruteurs auraient ciblé d’anciens militaires, policiers ou civils en quête d’emplois mieux rémunérés, avec promesses salariales élevées.
Nairobi a depuis engagé des démarches diplomatiques pour obtenir des explications et renforcer la protection de ses ressortissants.
Nigeria et Afrique du Sud : vigilance renforcée
Le Nigeria a officiellement signalé des cas de citoyens attirés par de fausses opportunités professionnelles avant d’être confrontés à des situations de guerre.
Les autorités nigérianes ont mis en garde contre des réseaux de recrutement irréguliers et évoqué des cas de décès et de détentions impliquant leurs ressortissants.
En Afrique du Sud, des enquêtes ont été ouvertes après des appels au secours de citoyens sud-africains affirmant avoir été piégés dans des zones de combat.
Certaines personnes recrutées via des réseaux informels ont été rapatriées, confirmant la réalité du phénomène et la nécessité d’un encadrement plus strict.
Ghana : sous les affres de la Russie, fermeté diplomatique et judiciaire
Le Ghana subit également les conséquences des méthodes peu orthodoxes de recrutement et des abus liés à la Russie.
Au-delà du cas d’un ressortissant ghanéen arrêté en Ukraine, Accra fait face à un scandale numérique.
Il s'agit de la publication non consentie de vidéos intimes de femmes ghanéennes par un ressortissant russe.
Le suspect a été formellement identifié comme Vladislav Aleksandrovich Luilkov, 36 ans, et le gouvernement a dévoilé publiquement son identité et son passeport pour dissiper toute confusion.
Selon Accra, Luilkov est suspecté d’avoir enregistré et diffusé des vidéos d’interactions privées avec des femmes ghanéennes, en violation des lois nationales sur la vie privée et la cybercriminalité.
Le Ghana a réagi avec fermeté. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de Russie, Sergei Berdnikov, pour exprimer « la vive désapprobation » de l’État et demander une coopération afin que Luilkov fasse face à la justice.
Conscient de l’absence de traité d’extradition, Accra prépare un dossier permettant de poursuivre le suspect même en son absence.
Ceci, en travaillant avec INTERPOL et les tribunaux ghanéens pour activer un mandat international dès qu’il quittera la Russie.
Cette affaire a provoqué une mobilisation nationale et internationale, renforçant la vigilance de la société ghanéenne et appelant à un soutien juridique et psychologique accru pour les victimes.
Un tournant dans la posture africaine
L’ensemble de ces réactions dessine une évolution notable : les États africains passent d’une posture d’observation à une stratégie active de protection.
Communiqués officiels, enquêtes nationales, démarches diplomatiques et campagnes de sensibilisation se multiplient.
Ce mouvement traduit un changement profond dans la gestion des mobilités internationales liées à l’emploi et à la sécurité.
La protection des ressortissants, la transparence des recrutements et la responsabilité des acteurs impliqués deviennent désormais des priorités politiques affirmées.
L’alerte lancée par la Gambie et la réponse vigoureuse du Ghana ne sont plus des cas isolés, mais l’expression visible d’une conscience continentale éveillée face aux pratiques russes et aux risques transnationaux, et d’une volonté d’agir avant que ces situations ne se multiplient.




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