Alliance des États du Sahel: les premières divergences éclatent
- Towanou Johannes
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Alors que la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran continue de susciter de vives réactions dans le monde, une étrange contradiction apparaît au sein de l’espace politique et médiatique lié à l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
Officiellement, les autorités de ces pays restent prudentes et évitent de s’aligner ouvertement sur l’un ou l’autre camp.
Pourtant, sur les réseaux sociaux, plusieurs cyberactivistes réputés proches des régimes militaires multiplient les messages de soutien au régime iranien, présenté comme un symbole de résistance face à l’Occident.
Une neutralité officielle des régimes de l’AES
Depuis le début de la confrontation impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, les gouvernements de l’AES ont adopté une posture de réserve. Aucun soutien clair n’a été exprimé pour l’un ou l’autre camp.
Au Mali, le Premier ministre de transition a même présenté des condoléances après la disparition du guide iranien Ali Khamenei, sans toutefois prendre position sur le conflit lui-même.
Cette prudence diplomatique s’explique en partie par une évolution récente des relations internationales dans la région.
Après plusieurs années de tensions, certains pays du Sahel ont amorcé un rapprochement discret avec États‑Unis, notamment dans les domaines sécuritaire et du développement.
L’activisme numérique contredit les réalités diplomatiques
Pendant que les autorités tentent de maintenir un équilibre diplomatique, une partie de leurs soutiens en ligne adopte un discours beaucoup plus radical.
Selon les analyses du Timbuktu Institute, de nombreux cyberactivistes proches des régimes militaires présentent l’Iran comme un modèle de souveraineté et de résistance face à l’Occident.
Pour Bakary Sambe, président de l’institut basé à Dakar, cette posture révèle une incohérence profonde.
« Les cyberactivistes proches des régimes militaires essaient de transformer les drones iraniens en leçon de souveraineté, jubilant sur les failles américaines et rêvant d’un Sud global qui refuse de plier, alors même que les régimes de l’AES négocient déjà en coulisses un retour des États-Unis au Sahel », analyse-t-il.
Autrement dit, tandis que les discours publics se veulent farouchement anti-occidentaux, les réalités diplomatiques et sécuritaires semblent beaucoup plus pragmatiques.
Une solidarité sélective
L’étude souligne également un autre paradoxe : la quasi-absence de critiques contre les violences internes imputées au régime iranien.
Toujours selon Bakary Sambe, les cyberactivistes pro-AES évoquent très rarement les milliers de victimes iraniennes liées à la répression du pouvoir des mollahs.
« Au contraire, il existe une forme de solidarité vis-à-vis de l’Iran, considéré comme un symbole de résistance qui devrait inspirer le Sahel », explique-t-il.
Un décalage de plus en plus visible
Cette situation met en lumière un décalage croissant entre les discours idéologiques relayés par certains militants numériques et les choix stratégiques des gouvernements de l’AES.
Entre rhétorique souverainiste, réalités diplomatiques et bataille de communication sur les réseaux sociaux, la question de la cohérence politique reste désormais au cœur du débat dans l’espace sahélien.




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