Au nom du patriotisme économique, le Capitaine Ibrahim Traoré interdit...

Au Burkina Faso, le gouvernement a décidé d’interdire l’exportation de certaines farines afin de garantir leur disponibilité sur le marché intérieur.
Présentée comme une mesure de patriotisme économique, cette décision soulève néanmoins des interrogations.
Ceci, notamment sur ses conséquences pour les producteurs, les commerçants et les acteurs de la filière céréalière.
Le patriotisme économique comme justification
Selon les autorités burkinabè, cette mesure vise à privilégier l’approvisionnement du marché national dans un contexte agricole marqué par des difficultés.
L’objectif affiché est de préserver les stocks disponibles dans le pays et de faciliter l’accès des consommateurs à ces produits de première nécessité.
Toutefois, si cette décision peut contribuer à limiter les sorties de marchandises, elle ne garantit pas, à elle seule, une baisse des prix ni une amélioration effective du pouvoir d’achat des ménages.
Les farines de mil, de maïs et de sorgho concernées
La mesure concerne les farines de mil, de maïs et de sorgho, ainsi que leurs dérivés.
Les opérateurs économiques qui ne respecteront pas cette interdiction s’exposent à des sanctions, préviennent les autorités.
Mais derrière cette volonté de sécuriser l’approvisionnement intérieur se pose la question des conséquences économiques pour les producteurs et les commerçants qui écoulaient une partie de leur production sur les marchés extérieurs.
La fermeture de ces débouchés pourrait réduire leurs possibilités de vente et peser sur leurs revenus, notamment si l’offre nationale dépasse la demande locale dans certaines zones.
Une interdiction suffit-elle à protéger les consommateurs ?
Le principal défi sera de faire en sorte que cette restriction profite réellement aux populations.
En effet, maintenir les farines sur le territoire national ne signifie pas automatiquement qu’elles seront vendues à des prix abordables.
Les coûts de transport, de transformation, de stockage et de distribution, ainsi que les marges des intermédiaires, peuvent continuer à peser sur les prix.
Pour atteindre son objectif, le gouvernement devra donc accompagner cette mesure par un suivi rigoureux des prix, une lutte contre les éventuelles pratiques spéculatives et une meilleure organisation des circuits de distribution.
Sans ces dispositions complémentaires, le patriotisme économique risque de se traduire davantage par une restriction commerciale que par un allègement concret des dépenses des ménages.
Un plan d’urgence face aux difficultés de la campagne agricole
Parallèlement à l’interdiction des exportations, les autorités ont annoncé un plan d’urgence destiné à soutenir la campagne agricole.
Celui-ci prévoit notamment la réalisation de 750 forages afin de faciliter l’accès des producteurs à l’eau.
Selon Oula Damien Ouattara, directeur général de la Société Faso Agropôles, la campagne agricole a été marquée par « une pluviométrie peu satisfaisante, jalonnée de poches de sécheresse ».
Cette situation met en évidence les difficultés auxquelles les producteurs ont été confrontés et les enjeux liés à la sécurisation de la production céréalière.
Le défi de concilier souveraineté alimentaire et revenus agricoles
L’interdiction des exportations peut être présentée comme un instrument de protection du marché intérieur, mais son efficacité dépendra des résultats obtenus sur le terrain.
La disponibilité des farines, leur prix et la rémunération des producteurs constitueront des indicateurs essentiels pour évaluer la portée de cette décision.
Au-delà du patriotisme économique affiché, l’enjeu pour le Burkina Faso est donc de trouver un équilibre entre la satisfaction des besoins alimentaires nationaux et la préservation des débouchés commerciaux des acteurs agricoles.
Car une politique de souveraineté alimentaire durable ne repose pas uniquement sur la restriction des exportations : elle suppose également une production suffisante, des infrastructures adaptées et des mécanismes de distribution capables de faire bénéficier les consommateurs des efforts consentis.




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