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Mali: lourd réquisitoire contre Ras Bath et Rose; l’activiste reste debout

Ras Bath / Activiste Malien © AFP Michele Cattani
Ras Bath / Activiste Malien © AFP Michele Cattani

Dix ans de prison ferme. C’est la lourde peine requise par le parquet malien contre Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath.


Après plus de trois années de détention préventive, le célèbre chroniqueur s’est présenté devant la justice sans renier ses convictions.


Face aux accusations, il a rejeté les faits et revendiqué une ligne politique claire : l’opposition aux coups d’État.


À ses côtés, Rose Vie Chère risque également dix ans de prison, dont cinq avec sursis.


Une réquisition qui fait l’effet d’un coup de tonnerre


Le procès de Ras Bath et de Rokia Doumbia, connue sous les surnoms de Rose Poivron ou Rose Vie Chère, a pris une tournure particulièrement lourde le mardi 11 août 2026 devant la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako.


Au terme des débats, le ministère public a requis 10 ans d’emprisonnement ferme et 240 000 FCFA d’amende contre Ras Bath.


Pour Rokia Doumbia, le parquet a demandé 10 ans d’emprisonnement, dont cinq ans avec sursis, assortis également d’une amende de 240 000 FCFA.


Les deux prévenus sont notamment poursuivis pour association de malfaiteurs et atteinte au crédit de l’État à travers les technologies de l’information et de la communication. Ils contestent les accusations portées contre eux.


Mais au-delà des peines réclamées, c’est surtout l’attitude de Ras Bath à la barre qui retient l’attention.


Trois années de détention, mais pas de renoncement


Ras Bath comparaît après avoir passé plus de trois années en détention préventive.


Une période particulièrement longue, qui aurait pu conduire l’activiste à adopter une posture de prudence ou de retrait. Il n’en a rien été.


À la barre, le chroniqueur a rejeté les faits qui lui sont reprochés. Interrogé directement sur sa culpabilité, il a répondu par la négative.


Les comptes rendus de l’audience rapportent également qu’il a contesté l'existence d'une quelconque association de malfaiteurs avec Rose Poivron.


Son argumentation repose notamment sur le caractère public et journalistique de ses échanges avec Rokia Doumbia.


Selon sa version, la présence de celle-ci dans son émission s'inscrivait dans le cadre d'un débat consacré à la flambée des prix des produits de première nécessité.


Autrement dit, Ras Bath refuse de présenter son engagement public comme une entreprise criminelle.


« Je suis anti-putsch, et c’est clair »


Mais c’est sur le terrain politique que la position de Ras Bath apparaît particulièrement forte.


Selon plusieurs comptes rendus et publications consacrés à son procès, le chroniqueur a affirmé :

« Je ne soutiendrai jamais des militaires qui ont pris les armes contre les institutions de la République. Je suis anti-putsch, et c’est clair. »

Une déclaration qui donne une dimension particulière à son procès.


Car Ras Bath ne cherche visiblement pas à effacer ses convictions pour se rapprocher du pouvoir en place ou pour obtenir les faveurs de la justice.


Il assume une position qu’il présente comme cohérente avec sa conception des institutions républicaines.


Il peut être poursuivi, détenu et menacé d’une lourde peine, mais il refuse de renier ce qu’il considère comme ses principes.


C’est précisément ce qui donne à son passage devant la justice une portée qui dépasse le seul cadre pénal.


Un homme face à ses convictions


La force de Ras Bath, dans cette affaire, réside moins dans les déclarations spectaculaires que dans la constance de sa position.


Il ne demande pas à être jugé sur son appartenance politique ou sur la popularité de ses prises de position.


Il conteste les qualifications retenues contre lui et défend sa liberté de parole. Son discours sur les coups d’État est particulièrement révélateur.


Dans un Mali dirigé par des autorités issues d'une prise de pouvoir militaire, déclarer publiquement « je suis anti-putsch » n’est pas une formule anodine.


C’est une affirmation politique susceptible d’être perçue comme une contestation directe de la légitimité de la trajectoire politique actuelle.


Et pourtant, Ras Bath l'assume. Il aurait pu choisir le silence. Il aurait pu édulcorer son discours.


Il aurait pu tenter de donner des gages. Il a choisi de rester fidèle à sa ligne.


Le dossier Soumeylou Boubèye Maïga au cœur des débats


L’affaire comporte également un volet particulièrement sensible concernant l’ancien Premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maïga, décédé en détention en mars 2022.


Ras Bath a reconnu avoir évoqué publiquement « l’assassinat » de l’ancien chef du gouvernement lors d’un meeting auquel il avait été invité.


Mais le chroniqueur conteste la portée qui est donnée aujourd’hui à cette déclaration.


Il rappelle notamment avoir déjà été poursuivi et condamné pour des faits liés à cette séquence, sous une autre qualification.


Lors de son audition, il aurait également évoqué le rapport médical concernant Soumeylou Boubèye Maïga ainsi que les démarches effectuées par la famille et les avocats de l'ancien Premier ministre pour obtenir une évacuation sanitaire.


Sur ce point encore, Ras Bath ne semble pas avoir adopté une stratégie de recul. Il défend sa lecture des événements et demande que ses déclarations soient replacées dans leur contexte.


Rose Vie Chère, l’autre figure de la contestation


À côté de Ras Bath se trouve Rokia Doumbia, devenue célèbre sous le nom de Rose Vie Chère pour ses dénonciations de la hausse du coût de la vie.


Rokia Doumbia alias Rose Vie Chère © DR
Rokia Doumbia alias Rose Vie Chère © DR

Son engagement s’est particulièrement développé autour de la flambée des prix des produits de première nécessité, un sujet qui touche directement les ménages maliens.


Elle aussi a rejeté les accusations portées contre elle et contesté avoir voulu s’en prendre aux autorités de la Transition.


Le parquet réclame pourtant une lourde peine : 10 ans de prison, dont cinq avec sursis, ainsi que 240 000 FCFA d’amende.


Son procès apparaît ainsi comme le prolongement judiciaire d’une période durant laquelle la question du coût de la vie et celle de la liberté de dénoncer les difficultés sociales ont occupé une place importante dans le débat public.


Me Mohamed Aly Bathily, le père, à la défense du fils


Autre image forte de ce procès : celle de Me Mohamed Aly Bathily, père de Ras Bath, présent en robe noire aux côtés de son fils.


L’ancien ministre et avocat a dirigé le collège des conseils chargés de la défense de Ras Bath.


La scène possède évidemment une forte charge symbolique : un père avocat se retrouve face à une juridiction pour défendre son propre fils, dans une affaire où celui-ci risque dix années supplémentaires derrière les barreaux.


Mais, au-delà de l'émotion familiale, la défense s’est attachée à contester les charges retenues contre les deux prévenus.


Les avocats ont plaidé après les réquisitions du parquet et présenté leur lecture du dossier. La Cour a ensuite mis l’affaire en délibéré.


Une dignité revendiquée jusqu’au bout


Le mot qui revient lorsqu’on observe la posture de Ras Bath dans ce procès est celui de dignité.


Dignité face à la détention. Dignité face aux accusations. Dignité face à la perspective d’une lourde condamnation.


Mais surtout, dignité dans la défense de convictions qu’il ne semble pas disposé à abandonner.


Sa déclaration sur les coups d’État résume cette posture : « Je suis anti-putsch, et c’est clair. »

Il ne s’agit pas nécessairement, dans le cadre judiciaire, d’une preuve de son innocence.


Ce n’est d’ailleurs pas à l’opinion publique de trancher la culpabilité ou l’innocence des prévenus.


Mais politiquement et humainement, cette phrase témoigne d’une volonté de ne pas renier ses convictions pour se protéger.


Le verdict attendu le 17 août


Après deux jours de débats, la Cour d’appel de Bamako a décidé de mettre l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le lundi 17 août 2026.


D’ici là, les réquisitions du parquet ne constituent évidemment pas une condamnation.


La Cour demeure seule compétente pour apprécier les faits, les éléments du dossier et les arguments de la défense.


Pour Ras Bath comme pour Rose Vie Chère, l’attente est donc particulièrement lourde.


Après plus de trois années de détention, le chroniqueur sait désormais que le parquet souhaite le voir passer dix années derrière les barreaux.


Mais son procès aura déjà laissé une image forte : celle d’un homme qui, malgré le poids de la procédure et la menace d’une lourde peine, continue de défendre publiquement ses convictions et refuse de se présenter comme coupable de faits qu’il conteste.


Le 17 août, la justice dira ce qu’il en sera de son avenir judiciaire. En attendant, Ras Bath reste debout, fidèle à sa ligne et à ce qu’il considère comme son honneur et sa dignité.

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