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Niger-Chine: le mariage des partenariats gagnant-gagnant se fissure

2 hours ago
5 min read


Cinq mois après avoir conclu un nouvel accord avec ses partenaires pétroliers chinois, le Niger hausse de nouveau le ton.


Le gouvernement du général Abdourahamane Tiani accuse la China National Petroleum Corporation (CNPC), WAPCO et la Société de raffinage de Zinder (SORAZ) de manquements à leurs engagements contractuels.


Pour se mettre en conformité, les trois entreprises disposent désormais de 45 jours.


Au cœur de ce bras de fer : plus de 3 000 milliards de FCFA de recettes issues des exportations de pétrole brut qui, selon Niamey, n’ont pas été rapatriées dans le système bancaire nigérien depuis le début des exportations en avril 2024.


Une nouvelle crise qui met à l’épreuve les ambitions souverainistes du régime militaire et soulève une question essentielle : à quoi sert de produire du pétrole si le pays ne parvient pas à en tirer pleinement les retombées économiques attendues ?


3 000 milliards de FCFA au cœur du bras de fer


Dans une déclaration rendue publique le 13 octobre 2026, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a annoncé les conclusions de l’évaluation du protocole signé le 18 mai dernier avec les partenaires chinois.


Les autorités reprochent notamment à la CNPC de ne pas avoir rapatrié plus de 3 000 milliards de FCFA de recettes d’exportation.


Elles évoquent également un manque à gagner de 17,4 milliards de FCFA pour le Trésor public.


Ces deux montants ne doivent toutefois pas être confondus. Les 3 000 milliards correspondent aux recettes d’exportation dont le rapatriement est réclamé par Niamey, et non à une somme qui serait intégralement due au Trésor public au titre des impôts ou des redevances.


Le montant de 17,4 milliards de FCFA correspond, lui, au manque à gagner fiscal annoncé par les autorités.


Selon le ministre, les entreprises concernées disposent notamment de comptes bancaires à l’étranger, à Paris et à Hong Kong.


Le gouvernement réclame donc des mesures permettant de rapatrier les recettes conformément aux règles applicables.


Au-delà des chiffres spectaculaires, Niamey doit désormais démontrer que ses exigences peuvent être traduites en résultats vérifiables et en ressources effectivement mobilisables dans l’économie nationale.


Un accord de mai déjà fragilisé


Le protocole du 18 mai 2026 était censé tourner la page d’un long bras de fer entre les autorités nigériennes et les opérateurs chinois.


Après près d’un an de négociations, plusieurs engagements avaient été définis pour encadrer davantage les activités pétrolières, améliorer les retombées économiques locales et renforcer la coopération entre les parties.


Cinq mois plus tard, le constat officiel est sévère. Les autorités dénoncent des insuffisances dans le rapatriement des recettes, mais aussi dans la transmission des informations relatives aux contrats de sous-traitance et dans la politique de recrutement des travailleurs nigériens.


Le gouvernement affirme notamment ne pas avoir reçu tous les plans attendus concernant la nigérisation du personnel et déplore que les recrutements annoncés ainsi que les audits des ressources humaines n’aient pas été engagés comme prévu.


Cette situation interroge la portée réelle de l’accord signé en mai.


Si les engagements étaient suffisamment précis et contraignants, pourquoi leur mise en œuvre demeure-t-elle aussi problématique quelques mois seulement après leur adoption ?


La question concerne autant les partenaires chinois que les autorités nigériennes, chargées de négocier les conditions du partenariat, d’en assurer le suivi et de faire respecter les obligations convenues.


La raffinerie de Zinder tourne à 75 % de sa capacité


Le dossier devient encore plus sensible dans un pays confronté à des tensions d’approvisionnement en carburant, malgré sa production pétrolière.


Selon les autorités, la raffinerie de Zinder fonctionnerait actuellement à 75 % de sa capacité nominale, soit environ 15 000 barils par jour sur les 20 000 prévus.


Cette baisse de régime constitue une préoccupation majeure pour l’économie nigérienne.


Elle intervient alors que les hydrocarbures occupent une place stratégique dans les ambitions de développement du pays et que les difficultés d’approvisionnement peuvent affecter les transports, les activités commerciales et les coûts de production.


Le paradoxe est difficile à ignorer : le Niger exporte son pétrole brut, mais peine parallèlement à garantir un approvisionnement satisfaisant de son marché intérieur.


La baisse de production de la raffinerie n’explique cependant pas, à elle seule, toutes les tensions observées.


Les autorités ont d’ailleurs mis en place, le 12 octobre, un comité technique chargé de gérer les crises d’approvisionnement en produits pétroliers et de résorber les dettes croisées entre les acteurs du secteur.


La multiplication de ces mesures montre que les difficultés dépassent la seule question du rapatriement des recettes.


La souveraineté pétrolière à l’épreuve des faits


Depuis son arrivée au pouvoir, le général Abdourahamane Tiani fait de la souveraineté économique un axe majeur de son discours politique.


Le contrôle des ressources naturelles, la révision des partenariats et la défense des intérêts nationaux sont régulièrement présentés comme des marqueurs de la nouvelle orientation du pays.


Mais la souveraineté ne se mesure pas seulement à la fermeté des déclarations adressées aux partenaires étrangers.


Elle se mesure aussi à la capacité de l’État à connaître précisément les recettes générées par ses ressources, à garantir la transparence des contrats, à mobiliser les revenus qui lui reviennent et à transformer les richesses nationales en bénéfices concrets pour la population.


Or, cinq mois après la signature d’un accord présenté comme une étape importante dans la coopération pétrolière, le gouvernement est contraint de rappeler ses partenaires à leurs obligations.


Ce constat fragilise le récit d’une reprise en main pleinement réussie du secteur. Il ne prouve pas, à lui seul, que la stratégie de la junte a échoué, mais il souligne l’écart qui peut exister entre les ambitions affichées et leur mise en œuvre.


Le régime doit désormais expliquer comment il entend prévenir la répétition de ces difficultés et garantir que les prochains accords ne resteront pas, eux aussi, lettre morte.


Quarante-cinq jours pour apporter des réponses


Le délai de 45 jours accordé à la CNPC, à WAPCO et à la SORAZ constitue désormais un test décisif.


Niamey réclame des clarifications sur le rapatriement des recettes, des informations détaillées sur les contrats de sous-traitance, ainsi que des engagements concrets en matière de recrutement et de formation des travailleurs nigériens.


L’enjeu est également bancaire. Le rapatriement des recettes est censé renforcer les liquidités disponibles dans le système financier national et améliorer sa capacité à financer l’économie.


Mais l’efficacité de cette politique dépendra des mécanismes retenus, de leur conformité à la réglementation applicable et de la capacité des autorités à en contrôler l’exécution.


Le gouvernement affirme vouloir poursuivre le partenariat avec les entreprises chinoises, tout en exigeant le respect des engagements pris.


Reste à savoir quelles mesures concrètes seront appliquées si les manquements dénoncés persistent au-delà du délai fixé.


À ce stade, les accusations publiques de Niamey ne remplacent ni un bilan détaillé et vérifiable des flux financiers ni les réponses des entreprises concernées.


Pour le régime de Tiani, l’heure est donc à la démonstration. Après avoir fait de la souveraineté économique un argument politique central, il doit désormais prouver que le Niger est capable de faire respecter ses intérêts sans compromettre la production, le raffinage et l’approvisionnement en carburant.


Car la véritable victoire ne sera pas d’avoir lancé un ultimatum aux partenaires chinois, mais d’obtenir des résultats mesurables pour les finances publiques, les entreprises locales et les consommateurs nigériens.

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