Niger: en pleine crise, le Général Tiani opère des changements clés

Deux semaines après la mutinerie qui a secoué Niamey, le général Abdourahamane Tiani procède à un changement majeur à la tête des Forces armées nigériennes.
Le général Moussa Salaou Barmou est remplacé par le général de brigade Mamane Sani Kiaou.
Une décision qui intervient dans un contexte marqué par de fortes tensions au sein de l’appareil sécuritaire et par de graves accusations de déstabilisation portées contre plusieurs pays étrangers, dont le Bénin et la France.
Barmou quitte la tête de l’armée
Le changement a été officialisé vendredi 11 septembre 2026 par un décret du chef de l’État nigérien, lu à la télévision publique.
Le général de brigade Mamane Sani Kiaou est nommé chef d’état-major des Armées, en remplacement du général de brigade Moussa Salaou Barmou.
L’information a été confirmée par l’Agence nigérienne de presse. Le décret prévoit également plusieurs autres changements au sommet de la hiérarchie militaire.
Mamane Sani Kiaou, qui dirigeait jusque-là l’état-major de l’Armée de terre, est ainsi promu à la tête de l’ensemble des Forces armées nigériennes.
Le général de brigade Abdourahmane Abou Zataka lui succède à l’Armée de terre.
Aucune explication officielle n’a été donnée concernant le départ de Moussa Salaou Barmou.
Le calendrier de cette décision ne manque toutefois pas d’interpeller.
Un changement après la mutinerie de Niamey
Le remplacement intervient en effet moins de deux semaines après les événements des 28 et 29 août, lorsque des militaires dissidents avaient pris le contrôle de la Base 101, située à proximité de l’aéroport international Diori-Hamani, et ouvert le feu sur plusieurs sites sensibles de la capitale.
Le pouvoir de Niamey avait présenté ces événements comme une tentative de déstabilisation.
Après plusieurs heures d'affrontements, les forces loyalistes avaient repris le contrôle des installations concernées.
Selon certaines sources, l’opération avait notamment bénéficié de l’appui de l’Africa Corps russe.
Le départ du chef d’état-major ne signifie cependant pas officiellement qu’il est sanctionné pour son rôle dans cette crise.
Mais politiquement, le timing est suffisamment rapproché pour nourrir les interrogations.
Des accusations contre plusieurs pays
Les événements de fin août ont également déclenché une nouvelle série d’accusations de la part des autorités nigériennes.
Dans son témoignage diffusé le 1er septembre sur la télévision publique, le capitaine Roger Gabriel a évoqué de possibles soutiens extérieurs aux militaires impliqués dans les événements de Niamey.
Le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Tchad et la France ont notamment été cités.
Ces accusations sont particulièrement graves, mais aucun élément de preuve public permettant de les corroborer indépendamment n’a été rendu disponible à ce stade.
Quelques jours plus tard, les autorités nigériennes ont directement accusé la France d’avoir « incité et entretenu » la mutinerie.
Paris a fermement rejeté ces accusations, les qualifiant de « pure fantaisie ».
Le Bénin rejette catégoriquement les accusations
Mis directement en cause, le Bénin a choisi de ne pas entrer dans une nouvelle escalade avec Niamey.
Le vendredi 4 septembre, le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, a rejeté toute implication de Cotonou dans une entreprise de déstabilisation du Niger.
« Pour les mêmes raisons qui ont fait qu’hier nous avons été contre la déstabilisation du Niger, pour ces mêmes raisons, nous sommes contre la déstabilisation du Niger aujourd’hui et nous le serons demain », a déclaré le porte-parole.
Cotonou rappelle ainsi que sa position officielle n’a pas changé : le Bénin affirme être opposé à toute tentative de déstabilisation du Niger et souhaite une normalisation des relations entre les deux pays.
Houngbédji a également appelé à ne pas s’attarder sur les accusations et à consacrer davantage d’énergie au développement.
Pour le gouvernement béninois, les deux peuples ont vocation à vivre en paix malgré les tensions politiques entre leurs États.
Des accusations qui reviennent régulièrement
Au-delà de l’affaire de la mutinerie, les nouvelles accusations interviennent dans un contexte où le régime de Niamey met régulièrement en avant l’existence de menaces extérieures et de projets de déstabilisation.
Le phénomène n’est pas nouveau depuis l’arrivée au pouvoir du général Abdourahamane Tiani.
La France, le Bénin, la Côte d’Ivoire et d’autres acteurs régionaux ont à plusieurs reprises été accusés par les autorités nigériennes ou leurs relais d’être impliqués dans des entreprises hostiles au régime.
La multiplication de ces accusations non accompagnées, à ce stade, de preuves publiques et indépendamment vérifiables nourrit donc les interrogations.
Elles interviennent alors que le régime nigérien doit simultanément faire face à plusieurs crises : insécurité persistante dans différentes régions, attaques de groupes armés, difficultés économiques et tensions diplomatiques avec plusieurs voisins.
Une armée qui doit retrouver sa cohésion
C’est dans ce contexte particulièrement délicat que Mamane Sani Kiaou prend désormais les commandes des Forces armées nigériennes.
Son expérience à la tête de l’Armée de terre constitue un atout pour le régime, alors que l’armée doit à la fois faire face à la menace des groupes armés et restaurer sa cohésion interne après la mutinerie de Niamey.
Le changement à la tête de l’état-major pourrait ainsi marquer le début d’une réorganisation plus profonde de l’appareil militaire nigérien.
Tiani reprend-il la main ?
Deux semaines après une crise qui a vu des militaires ouvrir le feu dans la capitale et s’emparer temporairement d’un site stratégique, le remplacement de Moussa Salaou Barmou constitue un signal politique et militaire important.
Pour l’instant, le régime ne donne aucune explication sur les raisons précises du départ de l’ancien chef d’état-major.
Mais une chose est certaine : après avoir affirmé avoir déjoué une tentative de déstabilisation impliquant des militaires et des soutiens extérieurs présumés, le général Tiani réorganise désormais son haut commandement.
La question est désormais de savoir si le remplacement de Barmou restera une décision isolée ou s’il constitue le premier acte d’une vaste reprise en main de l’appareil militaire nigérien après la mutinerie du 28 au 29 août.




Comments