Pour Tiani, si le Niger souffre, c'est toujours la faute des autres
- Towanou Johannes
- Nov 10
- 3 min read

Lors d’un meeting tenu à Gaya, dans le sud du Niger, le samedi 8 novembre 2025, le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le général Abdourahamane Tiani, a de nouveau fustigé le Bénin, accusant son voisin d’abriter des forces étrangères responsables, selon lui, des tentatives de déstabilisation du Niger et du Sahel.
Le chef de l’État a annoncé que la frontière avec le Bénin resterait fermée “jusqu’à nouvel ordre”, estimant qu’une réouverture mettrait “en péril la sécurité nationale”.
“Le Bénin abrite des forces étrangères et sert de relais à des actions visant à déstabiliser notre pays et nos frères du Sahel”, a déclaré Tiani devant ses partisans.
Des accusations récurrentes contre Cotonou
Le général Tiani, fidèle à sa ligne souverainiste, a une nouvelle fois pointé du doigt la France et ses alliés, qu’il accuse d’opérer désormais depuis le territoire béninois.
Dans sa déclaration, il a affirmé que des militaires étrangers expulsés du Niger se seraient repositionnés sur le sol béninois :
“Allez-y vérifier. Aujourd’hui, là où je vous parle, à l’aéroport de Tourou, à l’ouest de Parakou, vous verrez dans le W et la Pendjari l’ensemble des forces que nous avons expulsées de notre territoire. Elles se sont retrouvées au Bénin.”
Le président nigérien a également dénoncé la présence d’un porte-hélicoptères français, le Tonnerre, accosté selon lui au port autonome de Cotonou :
“Rien qu’avant-hier, il y a un porte-hélicoptère amphibie, le Tonnerre, qui a accosté au port de Cotonou. À bord, des milliers de soldats français. On vous dira que c’est un exercice, mais à ce que je sache, c’est le dixième débarquement de ce type à Cotonou.”
Ces déclarations s’inscrivent dans une série d’accusations déjà formulées par Niamey depuis plusieurs mois, visant à dénoncer la présence française en Afrique de l’Ouest et la coopération militaire entre Cotonou et Paris.
Pour l’heure, aucune preuve tangible n’a toutefois confirmé les affirmations du général nigérien sur la présence massive de troupes étrangères dans le nord du Bénin.
Une rhétorique de résistance nationale
Au-delà des accusations, le discours de Gaya a pris les allures d’un manifeste patriotique.
Tiani a exhorté ses soldats à demeurer vigilants face à ce qu’il considère comme une guerre d’ingérence menée contre son pays :
“Malgré l’accalmie, malgré la reprise de l’initiative, nous vous appelons à la vigilance. Écoutez les conseils de vos commandements directs. Ils parlent dans l’intérêt de la sécurité nationale.”
Le président de la Transition a également insisté sur la volonté du Niger et de ses alliés du Sahel de rompre avec la dépendance économique et militaire vis-à-vis de l’étranger :
“Nous nous organisons pour que notre espace ne soit plus un espace occupé par des mendiants, mais par un peuple prospère. Nous avons suffisamment goûté à la misère et nous avons décidé de nous assumer.”
Un passage salué par ses partisans, qui y ont vu une réaffirmation du discours souverainiste ayant porté le CNSP au pouvoir depuis le coup d’État de juillet 2023.
Des tensions régionales qui s’enracinent
Ce nouveau discours de Tiani s’inscrit dans un contexte de rupture persistante entre le Niger et le Bénin.
Le Niger accuse le Bénin d’avoir autorisé la présence militaire française sur son sol, notamment dans la zone du parc W, située à proximité de la frontière commune.
Le Bénin, de son côté, rejette toute implication dans une quelconque manœuvre de déstabilisation et plaide pour une réouverture des échanges commerciaux interrompus depuis plus d’un an.
Les observateurs soulignent cependant que la plupart des accusations du CNSP n’ont jamais été étayées par des preuves publiques.
Une stratégie pour désigner des ennemis extérieurs
Cette stratégie de communication, permet aux autorités militaires de désigner des ennemis extérieurs face à des difficultés économiques et sécuritaires internes persistantes.
La frontière bénino-nigérienne est en effet un axe vital pour les importations de produits pétroliers et alimentaires.
Les populations vivant des deux côtés de la frontière, subissent de plein fouet les effets de cette crise.









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