Sénégal/coup de tonnerre: démission d'El Malick Ndiaye; Ousmane Sonko...
- Towanou Johannes
- 2 hours ago
- 4 min read

Le Sénégal continue de traverser l’une des périodes politiques les plus tendues de son histoire récente.
Environ 48 heures seulement après le limogeage de Ousmane Sonko, une autre figure majeure du pouvoir vient de quitter ses fonctions : El Malick Ndiaye a officiellement annoncé sa démission de la présidence de l’Assemblée nationale.
La nouvelle a provoqué une onde de choc à Dakar. Car derrière cette démission présentée comme un choix personnel, beaucoup voient désormais une véritable contre-offensive politique du camp fidèle à Ousmane Sonko.
Dans son message adressé aux Sénégalais, El Malick Ndiaye explique avoir pris cette décision après « une profonde réflexion, mûrie dans le silence, la responsabilité et le sens de l’État ».
Il précise également :
« Cette décision procède d’un choix personnel, guidé avant tout par ma conception des institutions, de la responsabilité publique et de l’intérêt supérieur de la Nation. »
Des mots qui résonnent fortement dans le contexte politique explosif actuel.
Une réunion stratégique autour d’Ousmane Sonko
Avant cette démission spectaculaire, plusieurs informations faisaient état d’une réunion stratégique tenue le samedi 23 mai 2026 entre Ousmane Sonko et ses principaux lieutenants politiques.
Parmi les personnalités présentes figurait justement El Malick Ndiaye. Quelques heures plus tard, ce dernier annonçait son départ du perchoir.
Pour de nombreux observateurs, cette séquence n’a rien d’un hasard. Elle semble plutôt s’inscrire dans une stratégie politique plus large visant à repositionner Ousmane Sonko au cœur du pouvoir institutionnel après son éviction de la Primature.
Le retour annoncé d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale
La démission d’El Malick Ndiaye ouvre désormais une voie politique majeure : la réintégration d’Ousmane Sonko comme député à l’Assemblée nationale.

Selon l’ordre du jour annoncé pour la séance parlementaire du mardi 26 mai 2026, deux points essentiels sont prévus :
la réintégration du député Ousmane Sonko,
puis l’élection d’un nouveau président de l’Assemblée nationale.
La convocation a été signée par Dr Ismaila Diallo, vice-président de l'Assemblée nationale.
Dans les milieux politiques sénégalais, beaucoup considèrent désormais que tout est mis en place pour permettre au leader du PASTEF d’accéder au perchoir grâce à la majorité parlementaire acquise à son camp.
Une démission loin d’être anodine
Dans son communiqué, El Malick Ndiaye revient longuement sur son passage à la tête du Parlement sénégalais.

Il affirme avoir travaillé au renforcement de l’institution parlementaire, à la consolidation des principes de transparence, au contrôle de l’action publique, ainsi qu’à la modernisation de l’Assemblée nationale.
« Depuis mon élection à la tête de l’Assemblée nationale, j’ai consacré toute mon énergie, avec l’ensemble des députés et l’administration parlementaire, au renforcement de notre institution », a-t-il déclaré.
L’ancien président de l’Assemblée nationale adresse également des remerciements appuyés aux militants et responsables du Pastef :
« Leur engagement constant, leur fidélité aux idéaux de transformation et leur confiance ont constitué pour moi une source permanente de force, d’exigence et de responsabilité. »
Des propos qui montrent qu’en dépit de sa démission, il reste profondément lié au projet politique porté par Ousmane Sonko.
Une riposte politique après le limogeage
Le scénario qui se dessine ressemble de plus en plus à une démonstration de force politique.
En limogeant son Premier ministre, Bassirou Diomaye Faye semblait vouloir reprendre le contrôle total de l’exécutif et affirmer son autorité présidentielle.
Mais cette décision pourrait finalement ouvrir un nouveau front institutionnel encore plus délicat.
Car si Ousmane Sonko prend effectivement la tête de l’Assemblée nationale, il deviendrait alors le chef du pouvoir législatif face à un président avec lequel les relations semblent désormais profondément détériorées.
Une telle configuration ferait entrer le Sénégal dans une phase de confrontation politique inédite à l’intérieur même du camp arrivé au pouvoir en 2024.
Les fonds spéciaux déjà dans le viseur
Parmi les premiers dossiers explosifs susceptibles d’arriver devant l’Assemblée nationale figure déjà la question des fonds spéciaux de la présidence, souvent appelés « caisse noire ».
Lors de sa dernière intervention à l’Assemblée avant son limogeage, Ousmane Sonko avait publiquement plaidé pour davantage de transparence sur l’utilisation des fonds politiques.
Il est allé jusqu’à afficher un désaccord avec le président Bassirou Diomaye Faye sur cette question sensible. Cette sortie avait considérablement renforcé les tensions au sommet de l’État.
Si Sonko devient président de l’Assemblée nationale, plusieurs observateurs estiment qu’il pourrait utiliser le Parlement comme un puissant levier de contrôle contre l’exécutif.
Un avertissement voilé sur la situation du pays
L’un des passages les plus commentés du communiqué de démission reste celui où El Malick Ndiaye évoque « les épreuves de la vie nationale ».
« Il est des moments où l’intérêt du pays commande de privilégier la hauteur, le discernement et le sens du devoir », écrit-il.
Cette phrase est interprétée par beaucoup comme un signal d’alerte sur la gravité de la crise politique actuelle.
Même sans citer directement les tensions entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko, l’ancien président de l’Assemblée semble appeler à éviter une fracture institutionnelle plus profonde.
Une confrontation politique désormais inévitable ?
Pendant de longs mois, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient incarné ensemble l’espoir d’une rupture historique avec l’ancien système politique sénégalais.
Mais aujourd’hui, les deux hommes semblent engagés dans une lutte d’influence qui pourrait profondément redessiner les équilibres du pouvoir.
Le limogeage de Sonko, la démission du président de l’Assemblée nationale, la réintégration annoncée du leader du Pastef au Parlement et sa possible accession au perchoir donnent désormais le sentiment d’une bataille politique ouverte.
À Dakar, beaucoup estiment désormais que le Sénégal vient d’entrer dans une nouvelle phase politique dont personne ne peut encore mesurer toutes les conséquences.




Comments