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Sénégal: l’Assemblée nationale rejette encore le budget rectificatif de Diomaye Faye

15 minutes ago
3 min read

Le bras de fer entre le gouvernement sénégalais et la majorité parlementaire vient de connaître un nouvel épisode.


Ce mardi 3 novembre 2026, l’Assemblée nationale a rejeté le projet de loi n°40/2026 portant loi de finances rectificative (LFR) pour l’exercice 2026.


À l’issue du vote, 109 députés ont approuvé une question préalable visant à mettre fin à l’examen du texte, contre 20 voix opposées et 3 abstentions, sur 132 parlementaires ayant pris part au scrutin.


Cette décision constitue un sérieux revers pour l’exécutif du président Bassirou Diomaye Faye, qui n’a pas réussi à obtenir l’approbation de sa majorité parlementaire.


Un rejet sans examen du fond


Le rejet est intervenu à la suite d’une question préalable soulevée par le député Amadou Bâ.


Cette procédure parlementaire, prévue par l’article 83 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, permet aux députés de décider qu’il n’y a pas lieu de poursuivre la délibération sur un texte.


Son adoption entraîne donc le rejet du projet de loi sans que les parlementaires aient à examiner l’ensemble de ses dispositions au cours d’une discussion générale.


Le scrutin a mobilisé 132 députés sur les 165 que compte l’Assemblée nationale.


Avec 109 voix favorables à la question préalable, contre 20 oppositions et 3 abstentions, la majorité a clairement choisi de bloquer la poursuite de l’examen du budget rectificatif.


Le texte du gouvernement ne poursuivra donc pas son parcours législatif dans le cadre de cette procédure.


Trois revers successifs pour le gouvernement


Ce rejet en séance plénière intervient après deux précédents échecs du projet de loi devant la Commission des finances et du contrôle budgétaire, les 23 et 30 octobre derniers.


Entre ces deux épisodes, le gouvernement avait obtenu, le 27 octobre, le renvoi du texte en commission afin de poursuivre les discussions avec les députés et tenter de trouver un compromis.


Malgré les échanges avec les membres du gouvernement et la transmission de documents complémentaires, les divergences n’ont pas été surmontées.


Le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan avait pourtant affirmé, dans un communiqué publié le 31 octobre, avoir apporté des réponses aux préoccupations des parlementaires.


Il avait également mis en garde contre les conséquences d’une prolongation de l’incertitude budgétaire sur la trésorerie de l’État et la mobilisation des financements nécessaires.


Un budget marqué par un déficit de 7,6 % du PIB


Au cœur de la controverse se trouvent les nouveaux équilibres financiers proposés par l’exécutif.


Le projet de loi de finances rectificative ramenait les recettes budgétaires à 5 848,7 milliards de francs CFA, contre 6 188,8 milliards initialement prévus.


Dans le même temps, les dépenses étaient réévaluées à 7 583,9 milliards de francs CFA, contre 7 433,9 milliards dans le budget initial.


Le déficit budgétaire devait ainsi atteindre 1 735,2 milliards de francs CFA, soit 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5,4 % initialement annoncé.


Plusieurs députés ont contesté la crédibilité de ces prévisions et demandé davantage d’explications sur les ressources attendues, les dépenses programmées et la trajectoire de la dette publique.


Les subventions énergétiques et les investissements contestés

Autre point de friction : la hausse des subventions énergétiques, portées à 790,3 milliards de francs CFA, contre 250 milliards initialement inscrits.


Les parlementaires ont également exprimé leurs inquiétudes face à la réduction d’environ 555 milliards de francs CFA des crédits d’investissement.


Ils ont notamment demandé des éclaircissements sur les recettes attendues du Plan de redressement économique et social (PRES), dont les prévisions ont été revues à la baisse.


La situation des arriérés de paiement de l’État, les dépenses de protection sociale et le financement de certaines mesures fiscales ont également alimenté les désaccords.


Pour les députés opposés au texte, les explications du gouvernement n’ont pas suffisamment levé les interrogations sur la sincérité des prévisions et les choix opérés dans la répartition des ressources publiques.


Un bras de fer politique aux conséquences économiques


Ce rejet intervient dans un contexte de tensions entre le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire, sur fond de rupture politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.


Le désaccord autour de la LFR 2026 illustre les difficultés du gouvernement à faire adopter ses orientations budgétaires par des députés qui contestent plusieurs de ses arbitrages.


Au-delà de l’affrontement politique, les conséquences économiques inquiètent.


Le gouvernement estime qu’une incertitude prolongée pourrait compliquer la mobilisation des financements, accentuer les tensions sur la trésorerie publique et compromettre certaines dépenses prioritaires.


Les discussions avec le Fonds monétaire international (FMI), dans la perspective d’un nouveau programme de soutien, constituent également un enjeu important.


Le rejet de ce mardi représente donc bien plus qu’un simple revers parlementaire pour le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye.


Il met en lumière une crise de confiance autour de la gestion des finances publiques et pose une question majeure : comment l’exécutif entend-il poursuivre ses ajustements budgétaires après le blocage de son projet de loi rectificative ?

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