Bénin : le double jeu de la Russie aux côtés de l’AES
- Towanou Johannes
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C'est un message qui n'est pas passé inaperçu. La mise en garde officielle de Moscou à ses citoyens contre tout voyage non urgent au Bénin intervient dans un contexte régional marqué par une forte tension sécuritaire. Mais ce message diplomatique suscite aussi des interrogations politiques, tant il contraste avec la posture adoptée vis-à-vis des pays de l'AES comme le Niger, pourtant au cœur de l’épicentre jihadiste sahélien.
Un avertissement ciblé sur le Bénin
Dans sa communication, le ministère russe des Affaires étrangères évoque une dégradation de la situation sécuritaire au Bénin.
Le message insiste sur la vigilance accrue des forces de sécurité béninoises et recommande à ses ressortissants de s’abstenir de tout déplacement non essentiel.
« Avertissement pour les citoyens de la Fédération de Russie qui planifient des voyages en République du Bénin. Avec l'aggravation de la situation sécuritaire en République du Bénin au milieu d'une tentative de coup d'État en décembre 2025 et des actions terroristes d'extrémistes dans le nord du pays, les forces de l'ordre locales travaillent. Une attention particulière est portée à l'arrivée et à la circulation des étrangers sur son territoire. Le ministère russe des affaires étrangères recommande vivement aux citoyens russes de s'abstenir de se rendre au Bénin sans urgence. »
Cette position place de facto le Bénin dans la liste des destinations jugées à risque, alors même que l’essentiel de la menace sécuritaire qui frappe son territoire provient de zones frontalières directement connectées à l’ouest du Niger et au sud du Burkina Faso.
Le paradoxe nigérien
Ce positionnement diplomatique tranche avec la communication russe concernant le Niger, pays dirigé par le général Abdourahamane Tiani et régulièrement présenté comme un partenaire sécuritaire majeur dans la région.
Ces dernières semaines, plusieurs attaques revendiquées montrent que la menace jihadiste y reste structurelle et persistante.
Les données sécuritaires disponibles dressent un tableau particulièrement préoccupant.
Depuis le coup d'État, 3.300 morts recensés dans la seule région de Tillabéri, une multiplication des fronts armés et une expansion des violences vers des zones autrefois plus stables.
L’ouest nigérien est devenu l’un des foyers les plus actifs du terrorisme sahélien. C’est également dans ce contexte qu’intervient l’attaque contre l’aéroport de Niamey, revendiquée par l’État islamique au Sahel, après laquelle le général Tiani avait publiquement remercié la Russie pour son soutien, tout en accusant plusieurs pays, dont le Bénin et la Côte d’Ivoire.
Une lecture politique de la communication
La dissymétrie entre l’alerte visant le Bénin et l’absence de mise en garde équivalente concernant le Niger alimente aujourd’hui une lecture politique de la communication russe.
Le pays présenté comme partenaire stratégique dans la lutte antiterroriste ne fait l’objet d’aucune recommandation restrictive comparable.
Ceci, alors que ses zones frontalières constituent le principal foyer d’irradiation des violences vers les États côtiers.
Dans les régions septentrionales béninoises, l’insécurité s’inscrit précisément dans cette dynamique de débordement régional.
La porosité des frontières et l’intensification des attaques dans l’ouest nigérien ont contribué à déplacer la pression sécuritaire vers le sud, transformant progressivement le nord du Bénin en zone d’exposition directe.
Une responsabilité régionale questionnée
L’évolution du contexte sécuritaire dans le Golfe de Guinée met en lumière une réalité de plus en plus évoquée par plusieurs observateurs.
La crise sécuritaire ne se limite plus aux États sahéliens, elle se diffuse vers les pays voisins, qui en subissent les conséquences sans en être l’origine.
Dans ce cadre, la coopération sécuritaire engagée entre certains régimes militaires sahéliens et leurs partenaires extérieurs fait l’objet d’interrogations croissantes quant à son efficacité réelle.
Malgré les annonces de renforcement stratégique et les discours de fermeté, les attaques continuent de s’étendre géographiquement, notamment dans l’espace frontalier reliant le Niger, le Burkina Faso et le nord du Bénin.
Un signal diplomatique lourd de sens
L’avertissement russe concernant le Bénin apparaît ainsi comme un signal diplomatique à double lecture.
Officiellement présenté comme une mesure de précaution pour ses ressortissants, il intervient dans un environnement sécuritaire dont les causes profondes se situent largement au-delà des frontières béninoises.
Dans un contexte où la communication politique autour de la sécurité est devenue un levier stratégique, cette prise de position relance le débat sur les responsabilités réelles dans la dégradation sécuritaire régionale.









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