Un projet choc sur la polygamie porté par la plus jeune députée
- Towanou Johannes
- 1 day ago
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À seulement 30 ans, Naya Jarvis Zamblé, députée et maire de Gohitafla, s’est retrouvée au centre d’un débat national en défendant publiquement l’idée de légaliser la polygamie en Côte d’Ivoire. Ce sujet, longtemps considéré comme sensible, a soudainement repris de l’ampleur après une récente sortie de la parlementaire, qui a remis la question sur le devant de la scène politique et médiatique ivoirienne.
Qui est Naya Jarvis Zamblé ?
Née le 14 octobre 1995 à Grand‑Bassam, Naya Jarvis Zamblé est entrée à l’Assemblée nationale ivoirienne en mars 2021, devenant la plus jeune députée de sa législature.
Elle représente la circonscription de Gohitafla et exerce également les fonctions de maire de cette localité.

Politicienne active au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), elle est considérée comme une figure montante de la jeune génération politique ivoirienne.
Le propos qui relance un vieux débat
La polémique autour de la polygamie est revenue ces derniers jours après la diffusion d’une vidéo virale dans laquelle Naya Jarvis Zamblé affirme que la non‑reconnaissance légale de la polygamie en Côte d’Ivoire crée une situation d’hypocrisie sociale.

Pour elle, la pratique existe dans la réalité quotidienne, malgré l’interdiction légale, et laisse des femmes “dans l’ombre” sans droits reconnus lorsqu’une relation prend fin.
Dans ses propres mots, elle explique :
« Quand l’homme meurt, que se passe‑t‑il ? La femme de l’ombre, celle qui a partagé sa vie pendant dix ou vingt ans dans la discrétion, est chassée des funérailles comme une malpropre par la famille officielle. Elle se retrouve sans rien, ses enfants sont spoliés, alors que tout le village ou tout le quartier connaissait son existence. »
Elle a ajouté en dénonçant l’écart entre la loi et les pratiques sociales :
« J’ai demandé à mes collègues : “Qui, ici, peut lever la main et jurer qu’il n’a pas de maîtresse ou de deuxième bureau ? Personne n’a levé la main. Ils ont tous ri. Jaune. C’est cette hypocrisie que je dénonce.”
Polygamie : entre pratique sociale et cadre légal
Actuellement, selon le code civil ivoirien, le mariage est défini comme une union entre un homme et une femme et la polygamie n’est pas reconnue légalement.
Cette position juridique exclut toute forme de mariage polygame célébré devant l’État civil et peut entraîner des sanctions pénales en cas de violation du cadre légal.
Pour Naya Jarvis Zamblé, ce décalage entre la loi et les pratiques sociales expose certaines femmes et leurs enfants à une vulnérabilité juridique importante.
Elle soutient que la polygamie, bien qu’encore controversée, devrait être reconnue et réglementée de manière transparente, afin de protéger les droits des personnes concernées au lieu de les laisser dans une zone grise.
Réactions mitigées dans la classe politique et la société
Comme attendu, cette prise de position a suscité des réactions diverses.
Certains acteurs politiques saluent l’ouverture du débat et reconnaissent la nécessité d’aborder des réalités sociales souvent ignorées.
D’autres estiment que légaliser la polygamie pourrait revenir sur des avancées en matière de droits des femmes et d’égalité conjugale.
Au sein même de sa formation politique et à l’Assemblée nationale, certains parlementaires regardent ce dossier avec prudence, soulignant que l’histoire et la tradition ivoiriennes doivent être prises en compte dans toute réforme portant sur la famille et le mariage.
Un plaidoyer, pas encore une loi
À ce stade, aucun projet de loi formel n’a été déposé à l’Assemblée nationale pour modifier le cadre juridique du mariage ou légaliser la polygamie.
Le plaidoyer de Naya Jarvis Zamblé est surtout une prise de parole politique qui vise à ouvrir un débat élargi dans l’espace public et parlementaire.
Les étapes futures dépendront de l’intérêt que les autres députés, les partis politiques et le gouvernement accorderont à cette proposition.
Une question sociétale au cœur des débats
Au‑delà de l’aspect juridique, le débat sur la polygamie touche des dimensions sociales, culturelles et morales.
Il met en lumière la manière dont les sociétés africaines contemporaines naviguent entre traditions, évolutions des mentalités et exigences de modernisation des normes.
Quelle que soit l’issue de ce débat, il est clair que la question continuera d’être discutée dans les mois à venir en Côte d’Ivoire et même au-delà.









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