Abus sexuels: la police détruit un policier pour avoir dit non au chef
- Towanou Johannes
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Il y a des dossiers qui dérangent parce qu’ils révèlent ce que beaucoup préfèrent taire. L’affaire du brigadier-chef-major Moulou Mehedi Adrigael est de ceux-là.
Derrière le silence administratif et les documents introuvables, se dessine le portrait inquiétant d’une institution minée par des abus de pouvoir, des représailles internes et une mécanique punitive qui semble s’exercer contre ceux qui refusent de se soumettre.
Depuis six ans, ce policier est privé de salaire, marginalisé, rayé de fait sans jamais l’avoir été légalement.
Un cas qui dépasse le simple conflit hiérarchique et pose une question centrale : la Police nationale gabonaise protège-t-elle encore ses agents intègres ?
Un refus qui coûte une carrière
Selon le récit du brigadier, tout bascule lorsqu’il oppose un refus ferme aux avances sexuelles de son supérieur hiérarchique, le colonel Michel Bibe Bi Nzeng.
Un non qui, dans une institution régie par le droit et la déontologie, aurait dû rester sans conséquence.
Mais dans les faits, ce refus devient le point de départ d’une longue descente aux enfers pour l'agent.
Adrigael affirme être victime d’un système interne d’influence, où certains réseaux useraient de la falsification administrative et de la pression hiérarchique pour briser ceux qui ne se plient pas à leurs exigences.
Une accusation grave, qui jette une lumière crue sur des pratiques incompatibles avec les valeurs républicaines que la Police est censée incarner.
La répression s’étend à la sphère familiale
L’un des épisodes les plus glaçants de cette affaire concerne la compagne du brigadier. Enceinte de sept mois, cette civile est interpellée dans des conditions décrites comme disproportionnées, avec un déploiement d’armes de guerre qui choque par son ampleur.
Le traumatisme subi lors de cette interpellation aurait conduit à la perte de son enfant, survenue dans les locaux mêmes de l’Inspection générale.
Un drame humain qui soulève une question fondamentale : comment une administration chargée de protéger les citoyens peut-elle exposer une femme enceinte à un tel niveau de violence psychologique ?
Une radiation qui n’existe que sur le papier
L’enquête administrative autour du cas Adrigael révèle une succession d’anomalies troublantes.
D’abord, un arrêté de radiation numéroté 059, que personne ne retrouve. Ni au ministère de la Justice, ni dans les archives centrales de l’administration.
Un acte censé briser une carrière, mais dont l’existence légale reste introuvable.
Ensuite, des signatures contestées. Le brigadier affirme que la signature du Commandant en chef aurait été scannée puis réutilisée pour produire des documents administratifs irréguliers.
Une accusation lourde, qui, si elle était avérée, impliquerait une falsification grave au sommet de la hiérarchie.
Enfin, la disparition pure et simple de son dossier navette, ce document clé qui retrace l’ensemble de sa carrière, ses affectations et ses missions, notamment lors d’opérations de maintien de l’ordre à haut risque. Sans ce dossier, impossible pour lui de se défendre efficacement.
Tenir debout malgré la peur
Malgré six années sans solde, malgré les pressions et même une tentative d’enlèvement nocturne attribuée à des individus cagoulés, Moulou Mehedi Adrigael continue de porter son uniforme.
Un geste qu’il justifie par son attachement à l’article 68 du statut des forces de police, qui encadre les conditions légales de radiation.
Il ne demande ni compassion ni privilège. Il réclame simplement la reconnaissance de ses droits, le rétablissement de son salaire et la restitution de sa dignité professionnelle.
Un test pour la Restauration des institutions
L’affaire interpelle directement le président du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Celui qui a promis la restauration des institutions peut-il fermer les yeux sur des accusations de falsification administrative au sein de la Police nationale ?
Peut-il accepter qu’un père de famille soit effacé des registres sans décision légalement établie ?
Au-delà du cas Adrigael, c’est toute la crédibilité de la Police gabonaise qui se joue.
Si ce dossier reste sans réponse claire, le silence deviendra une forme de validation tacite de pratiques que beaucoup dénoncent à voix basse.
Une affaire qui engage l’honneur de l’État
L’affaire Adrigael n’est pas seulement celle d’un homme. Elle est le miroir d’une institution confrontée à ses propres démons.
Rendre justice à ce brigadier, ce n’est pas fragiliser la Police. C’est au contraire lui permettre de se purifier, de se réconcilier avec ses valeurs et de restaurer la confiance.
Faute de quoi, cette plomqui pèse aujourd’hui sur la vérité continuera d’alourdir durablement l’image des forces de défense gabonaises.









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