Cameroun : Samuel Eto'o déclare la guerre au gouvernement
- Towanou Johannes
- Nov 19
- 3 min read

Le processus électoral de la Fédération camerounaise de football a pris un tournant décisif avec le rejet de la candidature de Samuel Eto’o.
Selon l’article 31 du Code de la nationalité camerounaise, « un Camerounais majeur qui acquiert ou conserve volontairement une nationalité étrangère perd sa nationalité camerounaise ».
Cette disposition légale est devenue l’argument central pour contester la validité de la candidature de l’ancien capitaine des Lions Indomptables.
Cette interprétation place Eto’o au cœur d’un débat juridico-institutionnel qui dépasse désormais le cadre sportif.
La question de la nationalité est devenue un levier utilisé dans une élection déjà explosive, marquée par des tensions politiques et administratives sans précédent.
La crise institutionnelle s’enlise
Au moment où sa nationalité est mise en doute, Samuel Eto’o demeure le seul candidat officiellement retenu pour briguer un nouveau mandat à la tête de la FECAFOOT.
Tous les autres dossiers ont été rejetés, notamment en raison de parrainages jugés non conformes, ouvrant la voie à un scrutin entièrement centré sur sa personne.
Pourtant, le ministère des Sports (Minsep) a ordonné la suspension du processus électoral, dénonçant « des irrégularités persistantes », « l’exclusion ciblée » de certains candidats et un « risque de tensions » pour l’ordre public.
Dans la foulée, le ministre a demandé au ministère de l’Administration territoriale (Minat) d’interdire toute assemblée constitutive ou élective dans le football, y compris celle de la FECAFOOT prévue le 29 novembre.
Samuel Eto’o maintient le scrutin malgré l’interdiction
En dépit de ces injonctions, Samuel Eto’o maintient la tenue de l’élection.
La FECAFOOT affirme poursuivre le processus conformément à ses statuts et met en avant son autonomie, garantie par les règles de non-ingérence imposées par la FIFA et la CAF.
Pour l’instance faîtière du football camerounais, aucune autorité gouvernementale ne peut légalement paralyser son fonctionnement.
Dans sa réponse adressée au ministre des Sports, Eto’o dénonce « une tentative d’influence sur un processus électoral autonome » et une pression administrative « dépourvue de base légale ».
Il avertit également que les démarches du gouvernement pourraient exposer le Cameroun à « des sanctions disciplinaires » de la FIFA et de la CAF en raison d’une ingérence gouvernementale.
La FIFA et la CAF prennent acte et se déplacent au Cameroun
La situation s’est encore tendue lorsque la FECAFOOT a annoncé l’arrivée d’émissaires de la FIFA et de la CAF pour superviser la Grande Assemblée générale élective du 29 novembre.
Selon la fédération, une visioconférence a réuni les deux instances internationales et la Commission électorale de la FECAFOOT.
À l’issue de cet échange, il a été acté que des représentants de la FIFA, de la CAF et des membres du Conseil de la FIFA se rendront à Mbankomo le jour du scrutin pour « garantir le bon déroulement de l’élection ».
Cette présence internationale donne un poids considérable au camp Eto’o et apparaît comme un désaveu implicite des pressions gouvernementales.
La fédération place désormais son processus électoral sous le regard direct de Zurich et du Caire, renforçant sa légitimité institutionnelle.

Le gouvernement face à ses limites
Pour le ministère des Sports, il devient difficile d’imposer une suspension sur un processus encadré par des règles de non-ingérence que la FIFA applique rigoureusement.
Toute intervention directe de l'État dans une élection sportive peut entraîner des sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension du Cameroun des compétitions internationales.
Cette crainte affaiblit la marge de manœuvre du gouvernement, alors même qu’il estime que le climat actuel n’offre aucune garantie de paix sociale autour de cette élection.
Le Minsep insiste sur la nécessité d’un processus « crédible, régulier, transparent et ouvert », mais la FECAFOOT a clairement décidé d’aller au bout.
Une réélection devenue presque inévitable
À deux semaines du scrutin, le bras de fer est total. Le gouvernement campe sur une position juridique, tandis que Samuel Eto’o s’appuie sur les instances internationales et sur l’autonomie statutaire de la FECAFOOT.
Sauf rebondissement improbable ou intervention extérieure d’une ampleur exceptionnelle, la réélection de Samuel Eto’o apparaît désormais comme une issue difficilement évitable.
Le fait qu’il soit le seul candidat officiellement validé et que la FIFA et la CAF se déplacent pour superviser l’Assemblée générale élective renforce cette perspective.
Une fracture durable pour le football camerounais
Cette crise électorale laissera des traces profondes.
Entre contestations sur la nationalité, accusations d’irrégularités, interdictions gouvernementales et ripostes institutionnelles, le football camerounais traverse une période de turbulences majeures.
Le scrutin du 29 novembre, s’il se tient comme prévu, pourrait redéfinir durablement les rapports entre l’État, les fédérations sportives et les instances internationales.









Comments