top of page
  • Facebook
  • Twitter
  • YouTube
  • TikTok
  • LinkedIn

Faso: Ibrahim Traoré se débarrasse de Thomas Sankara et menace...

Jul 19
6 min read
Thomas Sankara (à gauche) / Ibrahim Traoré
Thomas Sankara (à gauche) / Ibrahim Traoré

Le 30 septembre 2026, le Capitaine Ibrahim Traoré franchira le cap des quatre années à la tête du Burkina Faso.


Arrivé par les armes en promettant de "régler le problème sécuritaire en six mois" et d'organiser des élections dans l'année, l'homme fort de Ouagadougou s'est récemment livré à une mise au point cinglante, prenant ses distances avec la figure tutélaire de Thomas Sankara.


Une sortie qui, à l'approche de ce bilan contesté, interroge sur la réalité du pouvoir et l'évolution d'une révolution sous tension.


Le récit d'une prise de pouvoir singulière


Dans une déclaration qui a fait l'effet d'une bombe, Ibrahim Traoré a tenu à clarifier sa position.


Il a balayé les comparaisons avec le célèbre Capitaine Sankara, héros de la révolution burkinabè de 1983.


"Le contexte que nous vivons, ce n'est pas le contexte de 1987. Moi, je n'étais pas en prison, et que quelqu'un vienne me chercher en prison pour me mettre au pouvoir, comme ce fut le cas avec Conseil national de la révolution (CNR), ce n'est pas notre histoire. Oui, Sankara était en prison. Ils sont venus le libérer et l'ont mis au pouvoir."

Cette tirade vise à affirmer sa légitimité propre, celle d'un chef de guerre au front.


"Ce n'est pas la même chose. Ce n'est pas que je suis venu à Ouagadougou m'asseoir, me cacher dans une villa, et dire aux gars : « Allez-y faire », puis le soir me bomber la poitrine devant la RTB. Ce n'est pas comme ça. Quand la 14,5 a tourné, j'étais à moins de 100 mètres, et j'étais la première victime. Donc, évitez de faire l'amalgame."

Une sortie claire qui coupe court à toute allégeance à un héritage qu'il juge anachronique.


Sa volonté de contrôle absolu est sans équivoque :


"Il n'y a ni numéro 1, ni numéro 2, il n'y a pas deux capitaines dans un bateau. C'est clair, c'est net. Si maintenant, par vos communications, vos voix, vous croyez que quelqu'un est fort, vous allez créer des problèmes à cette personne. Vous assumerez ensemble les conséquences de vos problèmes, et ce sera clair."

Il revendique une mission unique, celle pour laquelle il affirme être prêt à "mater sans état d'âme" toute forme de trahison.


Cette volonté de rupture avec le passé et d'autorité absolue s'inscrit dans une ligne de conduite que les beaucoup qualifient d'autoritaire.


En janvier 2026, le gouvernement a officiellement dissous les partis politiques, une mesure justifiée par le besoin de "renforcer l'unité nationale" mais perçue comme un coup fatal à la démocratie.


Le régime a également été accusé de réprimer les voix dissidentes, y compris parmi les journalistes, les juges et les membres de la société civile.


Le bilan sécuritaire : une promesse en suspens


Si le Capitaine Traoré cultive l'image d'un homme d'action, le bilan sécuritaire, pierre angulaire de son accession au pouvoir, reste le point le plus controversé de son mandat.


Il avait promis la reconquête du territoire en six mois. Aujourd'hui, si le gouvernement affirme contrôler 69% du territoire, la réalité sur le terrain est bien plus complexe.


Les groupes armés, notamment le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'État islamique, continuent de mener des attaques meurtrières.


Ceci, y compris aux abords de la capitale. Le bilan humain est lourd, avec des milliers de morts et plus de deux millions de déplacés internes.


Un rapport du Conseil de sécurité de l'ONU souligne que la violence a augmenté, et Amnesty International a documenté des allégations d'exactions contre les civils, notamment au sein de la communauté peule, accusée de complicité avec les jihadistes.


Le souverainisme comme caution politique


Face aux difficultés, Ibrahim Traoré a trouvé dans le discours souverainiste un puissant levier de popularité.


Dans cette foulée, les ruptures symboliques et politiques ont été nombreuses comme la rupture avec la France.


Les relations diplomatiques avec l'ancienne puissance coloniale ont été rompues en juin 2026, officialisant une rupture déjà consommée.


Le retrait de la CEDEAO et la formation de l'Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Niger redessinent la carte géopolitique de la région.


La Russie est devenue le partenaire stratégique privilégié pour la sécurité et la souveraineté, consolidant l'isolement du pays vis-à-vis de ses voisins côtiers.


Ce virage est salué par une partie de la population qui voit en lui un "messie".


Cependant, cette popularité est à relativiser. Comme le note Daniel Eizenga, chercheur, "la popularité de Traoré parmi les gens ordinaires est discutable" dans un contexte où les voix critiques sont muselées.


Les contradictions d'un leader "anti-système"


L'un des aspects les plus frappants du discours d'Ibrahim Traoré réside dans sa propension à pointer du doigt les dérives qu'il dénonce pourtant chez les autres.


Tout en accusant les puissances étrangères d'ingérence, il mène une croisade contre une influence qu'il juge pernicieuse : celle de la charia.


"Nous avons recensé près de 1 000 jeunes étudiants burkinabè en Arabie saoudite. La surprise, c'est que tous apprennent la charia et les lois islamiques. Aucun d'entre eux n'apprend un métier. Ma question est la suivante : ils veulent apprendre cette charia pour venir L'APPLIQUER dans quel pays ?"

Il dévoile ainsi une méfiance assumée envers les influences religieuses extérieures, qu'il semble assimiler à une menace pour le modèle laïc qu'il entend défendre.


Paradoxalement, cette sortie intervient alors que le Burkina Faso est en proie à une insurrection jihadiste qui utilise justement des références religieuses pour justifier sa violence.


En s'attaquant frontalement à ce qu'il perçoit comme un "soft power" saoudien, le Capitaine Traoré cherche à verrouiller le champ idéologique.


Ceci, tout en se présentant comme le garant d'une souveraineté absolue, quitte à marcher sur des œufs dans un pays à majorité musulmane.


Le "messie" et le mirage du développement


Sur le plan économique, le régime mise sur l'exploitation souveraine des ressources, notamment l'or, et a annoncé des réformes structurelles comme le plan "RELANCE" pour la période 2026-2030.


Si des efforts sont menés pour l'agriculture et l'infrastructure, la situation humanitaire demeure critique.


La pauvreté multidimensionnelle touche encore près de 65% de la population.


Dans un élan de détermination, le Capitaine Traoré a tenu à rappeler son engagement personnel, en des termes qui en disent long sur sa vision du pouvoir :


"Je n'ai pas sacrifié ma jeunesse pour venir m'amuser avec ma mission. J'ai un rêve pour mon pays, et ce rêve va se réaliser. Maintenant, je vais commencer par percuter, puis avancer. Que ceux qui savent qu'ils ne veulent pas de problèmes ne nous approchent pas. Ne vous mettez pas en travers de notre chemin."

Cette déclaration, aussi vibrante soit-elle, révèle une conception de la politique où la confrontation et l'intimidation priment sur le dialogue.


"Nous ne sommes pas des politiciens pour éviter les problèmes. Nous on affronte les problèmes et on les résout..."

Une attaque en règle contre la classe politique qu'il juge défaillante et qui a été réduite à sa plus simple expression depuis son arrivée au pouvoir.


Cette posture de "guerrier" est en phase avec son récit de prise de pouvoir, mais elle peine à masquer les failles d'une gouvernance qui peine à endiguer la violence.


Enfin, sa menace de punir "sans état d'âme" ceux qui adopteraient des "comportements antirévolutionnaires" résonne comme un avertissement à ses propres troupes et à la société civile.


"Il n'y a pas d'homme fort ici. Si tu poses des comportements antirévolutionnaires, moi, je vais te punir sans état d'âme. Je prends toujours le temps de vérifier, d'avoir les preuves et de te mettre devant les faits..."

Cette approche, si elle peut rassurer ses partisans, inquiète les défenseurs des droits humains qui y voient la justification d'une répression accrue.


Un héritage en construction


À quatre ans du pouvoir, Ibrahim Traoré apparaît comme un leader paradoxal.


S'il a su incarner une certaine rupture notamment d'avec les partenaires habituels de son pays, le pari de la sécurité, socle de sa légitimité, semble encore loin d'être gagné.


Sa volonté de se démarquer de Sankara révèle une profondeur stratégique : en rejetant la comparaison, il cherche à écrire sa propre histoire, celle d'un capitaine de terrain face à un héritage perçu comme désuet.


Mais le conte du messie se heurte à une réalité plus crue : les promesses de six mois se sont muées en un horizon lointain, voire incertain, pour un pays qui demeure, selon l'ONU, "au bord de l'effondrement".


La question posée par cette "révolution" est donc la suivante : assiste-t-on à la naissance d'une nouvelle indépendance africaine ou à l'installation d'une dictature militaire populiste, prisonnière de ses propres contradictions ?


Les réponses se dessineront sur le terrain de la sécurité et dans le quotidien des populations.

Comments


Abonnez-vous à notre Newsletter

Qui sommes nous?

Bienvenue sur Actualités Express !
Notre équipe de passionnés s'engage à fournir une information rapide, fiable et des analyses approfondies pour vous tenir informé(e) sur les événements qui façonnent notre monde. Fondé en 2023, Actualités Express a pour vision, mission et valeurs de vous fournir des informations en toute objectivité et impartialité, des analyses approfondies, tout ceci dans la transparence éditoriale et le respect des standards éthiques. Mise à jour régulière, accessibilité et facilité d’utilisation vous attendent sur Actualités Express. Aussi sommes-nous ouverts à une interaction avec la communauté tout en veillant à l’éducation et la sensibilisation. 
Nous sommes reconnaissants de votre confiance et nous vous invitons à explorer notre site pour découvrir la différence Actualités Express.

Politique

Sports

Coaching

Economie

Sciences et technologies

Culture et divertissement

Société

© 2023 AEI. Conception digimag.bj

bottom of page