Nations Unies: le rêve international de Macky Sall rattrapé net

Après des mois de bataille diplomatique, Macky Sall renonce à briguer le poste de Secrétaire général des Nations unies.
Dans une déclaration publiée le 17 octobre 2026 depuis Marrakech, l’ancien président sénégalais invoque le sens des responsabilités et la nécessité de favoriser une candidature consensuelle.
Mais derrière les formules diplomatiques, ce retrait sonne comme un sérieux revers pour celui qui ambitionnait de porter son expérience au sommet de l’organisation mondiale.
Une ambition qui se heurte aux réalités du Conseil de sécurité, mais aussi à l’héritage controversé de ses douze années au pouvoir.
La messe est dite pour les ambitions onusiennes de Macky Sall
L’ancien chef de l’État sénégalais a officiellement annoncé le retrait de sa candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, au lendemain du vote informel du Conseil de sécurité du 16 octobre.
Après plusieurs mois de campagne et de tractations diplomatiques, celui qui dirigea le Sénégal de 2012 à 2024 se résout ainsi à quitter une course dans laquelle il n’a jamais réussi à s’imposer comme le candidat incontournable.
Dans sa déclaration, Macky Sall affirme avoir pris cette décision « avec un profond sens des responsabilités ».
Il explique vouloir contribuer à l’émergence d’une candidature consensuelle, alors que les différents scrutins auraient révélé une préférence pour un candidat issu de l’Amérique latine et des Caraïbes, éventuellement une femme.
Une justification présentée sous le sceau de la responsabilité diplomatique, mais qui intervient après une succession de signaux défavorables à ses ambitions.
Un retrait habillé de diplomatie
Dans son communiqué, l’ancien président remercie le chef de l’État burundais, Évariste Ndayishimiye, qui a parrainé sa candidature, ainsi que le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, qui l’a soutenue.
Il exprime également sa reconnaissance aux membres du Conseil de sécurité ayant voté en sa faveur, à son équipe de campagne et aux personnalités qui l’ont accompagné.
Le ton est celui d’un homme qui veut sortir de la compétition sans donner l’impression d’avoir été contraint à l’abandon.
Pourtant, les résultats du scrutin informel du 16 octobre témoignaient des difficultés persistantes de sa candidature.
Selon les informations rapportées par Reuters, Rebeca Grynspan, candidate costaricienne, était arrivée en tête avec neuf voix favorables, cinq défavorables et une sans opinion.
Carolyn Rodrigues-Birkett, de Guyana, et Rafael Grossi, de l’Argentine, figuraient également parmi les principaux prétendants.
Le processus restait cependant ouvert, aucun candidat n’ayant obtenu une configuration de soutien lui garantissant l’issue de la procédure.
Le retrait de Macky Sall ne peut donc être réduit à une simple décision personnelle prise dans le confort d’une stratégie maîtrisée.
Il constitue aussi un revers politique : après avoir voulu se hisser au rang de premier responsable administratif de l’ONU, l’ancien dirigeant sénégalais n’a pas réussi à réunir les soutiens nécessaires pour transformer son ambition en perspective crédible de nomination.
Le bilan sénégalais, un lourd passif derrière l’ambition internationale
Mais pourquoi la candidature de Macky Sall n’a-t-elle pas réussi à s’imposer ?
Les résultats des votes informels ne permettent pas, à eux seuls, d’attribuer les positions des États à son bilan national.
Il serait donc hasardeux d’affirmer que les controverses de sa présidence expliquent directement le vote de tel ou tel membre du Conseil de sécurité.
Elles constituent néanmoins une partie incontournable de l’évaluation politique de son parcours.
Durant ses douze années à la tête du Sénégal, Macky Sall a incontestablement laissé des réalisations visibles, notamment dans les infrastructures de transport et les grands projets d’aménagement.
Mais le récit de l’émergence qu’il a défendu s’est heurté à des limites sociales et économiques persistantes.
Le chômage, le coût de la vie et les difficultés rencontrées par une partie de la jeunesse ont alimenté le mécontentement, tandis que les bénéfices de la croissance n’ont pas répondu à toutes les attentes.
Le bilan financier est devenu encore plus embarrassant après son départ du pouvoir.
Les contrôles réalisés par les nouvelles autorités ont mis au jour d’importantes anomalies dans les comptes publics.
En mars 2025, le Fonds monétaire international a confirmé l’existence d’environ sept milliards de dollars de dettes jusque-là non déclarées dans les chiffres transmis par les autorités précédentes.
La dette publique a ainsi été réévaluée à près de 100 % du PIB à la fin de 2023, selon les données alors examinées.
Ces révélations ont fragilisé la crédibilité des comptes laissés par l’administration sortante et compliqué les efforts de rétablissement de la confiance financière.
Le paradoxe est saisissant : celui qui souhaitait mettre près de quarante ans d’expérience publique au service des Nations unies laisse derrière lui un bilan financier dont les zones d’ombre ont profondément marqué le débat politique sénégalais.
L’expérience revendiquée ne suffit pas, à elle seule, à effacer les interrogations sur la gestion des ressources publiques et la transparence de l’État.
Les violences politiques, une autre ombre au tableau
L’autre grande controverse concerne les libertés publiques et les violences survenues pendant les dernières années de son pouvoir.
Entre 2021 et 2024, le Sénégal a connu plusieurs épisodes de manifestations meurtrières, dans un contexte de tensions entre le pouvoir, l’opposition et les forces de sécurité.
Selon Amnesty International, au moins 65 personnes ont été tuées lors de manifestations contre le pouvoir durant cette période.
Les circonstances de ces décès et les responsabilités éventuelles doivent être établies par des enquêtes et des procédures judiciaires.
Mais leur ampleur a laissé une blessure politique profonde, notamment chez les familles des victimes et les partisans de l’opposition.
La gestion de la crise politique a également terni l’image démocratique du pays, longtemps considéré comme l’un des modèles de stabilité institutionnelle en Afrique de l’Ouest.
Les arrestations de figures de l’opposition, les restrictions de l’espace civique et les interrogations autour de la possibilité d’un troisième mandat ont contribué à nourrir la contestation.
Macky Sall a finalement annoncé en juillet 2023 qu’il ne briguerait pas un troisième mandat.
Mais cette décision n’a pas suffi à effacer les tensions accumulées.
Le report de la présidentielle initialement prévue en février 2024 avait encore aggravé la crise avant que le scrutin ne se tienne en mars.
L’alternance qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir a marqué une rupture politique majeure, dans un pays où une partie de l’électorat réclamait des comptes et un changement de gouvernance.
Ce passif ne constitue pas, en lui-même, une preuve que les membres du Conseil de sécurité ont rejeté Macky Sall pour ces raisons.
Il rappelle cependant qu’une ambition internationale ne se construit pas uniquement sur les fonctions occupées ou les années passées dans les institutions. Elle repose également sur la perception du parcours, de la crédibilité et de la capacité du candidat à incarner les principes qu’il entend défendre.
L’Afrique encore privée d’une candidature consensuelle
Dans sa déclaration, Macky Sall insiste sur la nécessité pour l’Afrique de continuer à faire entendre sa voix et d’occuper la place qui lui revient dans la gouvernance mondiale.
Le propos est légitime : le continent revendique depuis longtemps une représentation plus importante dans les instances internationales, notamment au Conseil de sécurité.
Mais l’échec de cette candidature révèle aussi les difficultés à transformer cette revendication collective en soutien diplomatique suffisamment large.
La candidature de Macky Sall avait été portée par le Burundi, avant de bénéficier du soutien annoncé du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye.
Ce ralliement n’a toutefois pas suffi à faire émerger une dynamique gagnante au Conseil de sécurité.
Le problème est donc double : l’absence d’un consensus international autour de Macky Sall et la difficulté, pour les États africains, à faire converger leurs positions derrière un candidat unique.
La question demeure de savoir si une candidature africaine alternative aurait pu mieux répondre aux rapports de force du moment, alors que la préférence exprimée dans les votes informels semblait favoriser l’Amérique latine et les Caraïbes.
L’épisode rappelle une réalité souvent occultée par les discours sur le poids démographique et politique de l’Afrique : la légitimité continentale ne se décrète pas.
Elle se construit par la concertation, la capacité à fédérer les États et l’anticipation des équilibres internationaux.
Macky Sall quitte la course, mais pas les questions sur son héritage
En affirmant rester engagé en faveur de la paix, de la sécurité, du développement économique et social et de la coopération internationale, Macky Sall tente de donner à son retrait la signification d’une continuité plutôt que celle d’un renoncement.
Il souhaite également plein succès à la personne qui sera appelée à diriger les Nations unies.
Mais le communiqué ne clôt pas le débat sur son bilan. Il ne répond ni aux interrogations sur la gestion des finances publiques durant ses dernières années au pouvoir, ni aux attentes de vérité et de justice exprimées par les familles des victimes des violences politiques.
Ces dossiers relèvent des institutions compétentes et ne peuvent être réglés par une déclaration de retrait.
Au fond, cette séquence marque la fin d’une ambition internationale, pas celle du débat sur les douze années de présidence de Macky Sall.
L’ancien chef de l’État peut désormais se prévaloir d’une expérience politique importante et de réalisations incontestables.
Mais il ne peut prétendre à un bilan sans controverses, tant les questions économiques, démocratiques et judiciaires demeurent au cœur de l’héritage qu’il laisse au Sénégal.
La messe est dite pour sa candidature à l’ONU. Pour son bilan, en revanche, le débat est loin d’être clos.




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