Tiken Jah Fakoly lance un avertissement à Goïta, Tiani et Traoré
- Towanou Johannes
- 22 hours ago
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La sortie de Tiken Jah Fakoly sur l’Alliance des États du Sahel marque un tournant dans le débat politique ouest-africain.
Dans un entretien accordé le 11 février 2026 à Deutsche Welle, l’artiste ivoirien a livré une critique structurée du fonctionnement actuel du bloc sahélien dirigé par Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani.
Une unité critiquée pour son orientation politique
Au cœur de son message, Tiken Jah Fakoly remet en cause la trajectoire politique de l’alliance sahélienne.
Ce, en estimant que l’union entre les trois pays donne l’impression de s’éloigner de l’objectif démocratique initial.
« On a l’impression que c’est être unis pour éviter d’aller aux élections. Mon espoir, c’est que les dirigeants de l’AES aillent aux élections et qu’ils les remportent. Ainsi, ils pourront parler avec tout le monde en toute légitimité. »
Par cette sortie, l’artiste ne rejette pas l’idée d’une coopération régionale, mais conditionne sa légitimité à la validation populaire par les urnes.
Du soutien initial à la désillusion
Tiken Jah Fakoly rappelle avoir initialement soutenu la dynamique politique des transitions militaires, convaincu qu’elles mèneraient rapidement à un retour à l’ordre constitutionnel.
« Au début, moi j’ai encouragé. J’ai même soutenu. Je suis allé rendre visite au Président Ibrahim Traoré à l’époque et j’ai fait des vidéos de soutien, parce que je pensais qu’il s’agissait d’un pouvoir de transition devant conduire à des élections, afin que la majorité des Maliens, des Burkinabè et des Nigériens puissent choisir librement leurs dirigeants. Mais lorsque ce chemin a été abandonné (…) là je ne pouvais plus rester silencieux. »
Ce revirement assumé s’inscrit dans la continuité de son engagement public en faveur de la démocratie et de la souveraineté populaire.
Une critique du climat politique dans les pays membres
L’artiste dénonce également une polarisation croissante dans les sociétés concernées, qu’il décrit comme incompatible avec l’idéal démocratique.
« Parce qu’aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, le Mali est divisé : il y aurait les “vrais” Maliens, les “bons” Maliens et les “faux” Maliens. Si vous soutenez les militaires, vous êtes un bon Malien. Si vous êtes contre, vous devenez apatride (…) Et c’est la même chose au Niger. »
À travers cette analyse, il met en garde contre un climat politique marqué par l’exclusion des voix dissidentes.
Refus d’un rôle de soutien politique
Face aux critiques suscitées par sa prise de position, Tiken Jah Fakoly revendique son indépendance d’artiste engagé.
« Certains pensaient que j’allais devenir le griot de l’AES (…) Mais moi, je suis Tiken Jah Fakoly. Je fais du reggae. Mon rôle, c’est de tenir compte de tout le monde, d’être impartial et de dire ce que je pense. »
Il affirme ainsi son rôle d’observateur critique plutôt que de relais politique.
Une parole qui résonne au-delà de la musique
La sortie de Tiken Jah Fakoly intervient dans un contexte régional marqué par la recomposition des équilibres politiques en Afrique de l’Ouest.
Sa prise de parole, relayée dans de nombreux pays, souligne les attentes d’une partie de l’opinion publique concernant la légitimité des pouvoirs en place et l’avenir des transitions.
Plus qu’une simple opinion d’artiste, son message s’inscrit dans un débat plus large sur la gouvernance, la représentation populaire et l’avenir institutionnel du Sahel.
Dans une région en pleine mutation, la parole du reggae-man rappelle une constante de son engagement : l’unité politique ne peut durablement s’imposer sans l’adhésion des peuples.









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