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Élu président de l'Assemblée: Ousmane Sonko fait prévient Diomaye Faye

Ousmane Sonko / Président de l'Assemblée nationale © Assemblée nationale
Ousmane Sonko / Président de l'Assemblée nationale © Assemblée nationale

Quelques jours après son limogeage du poste de Premier ministre, Ousmane Sonko a officiellement pris les commandes de l’Assemblée nationale du Sénégal à la suite d’un vote écrasant des députés.


Dans un hémicycle sous haute tension politique, le nouveau président de l’Assemblée nationale a livré un discours d’investiture dense, offensif et profondément politique, mêlant bilan de son passage à la Primature, critique morale du pouvoir et vision institutionnelle du Sénégal.


Face aux députés, Sonko a immédiatement donné le ton : son départ du gouvernement ne signifie en aucun cas une retraite politique. Bien au contraire.


« Il y a quelques jours encore, j’étais à la tête du gouvernement. Mon bilan y est précis », a-t-il déclaré avant d’énumérer une longue série d’actions menées selon lui à la Primature : transparence sur la dette cachée, lutte contre la corruption, réduction du train de vie de l’État, réformes institutionnelles, maîtrise du coût de la vie, redressement économique et protection de la société.


Un hommage appuyé à El Malick Ndiaye


Dans son intervention, Ousmane Sonko a tenu à rendre un hommage particulièrement fort à son prédécesseur El Malick Ndiaye, dont la démission avait ouvert la voie à son accession au perchoir.


Ousmane Sonko et El Malick Ndiaye
Ousmane Sonko et El Malick Ndiaye

Le leader du Pastef a salué « sa loyauté sans faille envers les idéaux patriotiques » ainsi que « son dévouement de chaque instant ».


Sonko a également détaillé les transformations engagées par El Malick Ndiaye à la tête du Parlement : réhabilitation du bâtiment, modernisation technologique, digitalisation du travail parlementaire, amélioration des conditions du personnel, et assainissement des procédures budgétaires.

« Président Malick Ndiaye, au nom de tous les députés et de cette institution, je vous dis merci », a lancé Sonko sous les applaudissements.

« Certains y voient une crise, moi j’y vois une épreuve de vérité »


Le nouveau président de l’Assemblée nationale a ensuite abordé de front la crise politique née de ses divergences avec le président Bassirou Diomaye Faye.


Sans jamais citer directement le chef de l’État dans ses critiques, Sonko a reconnu publiquement l’existence de « divergences profondes au sommet de l’État ».


Mais pour lui, l’enjeu dépasse largement les rivalités personnelles.

« Certains y voient une crise, d’autres un déchirement. Moi, j’y vois d’abord une épreuve de vérité pour notre démocratie », a-t-il affirmé.

Dans l’un des passages les plus marquants de son discours, Sonko a opposé morale et conservation du pouvoir :

« Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique. »

Le leader du Pastef a ensuite multiplié les références philosophiques, historiques et religieuses pour défendre sa conception du pouvoir.


Il a cité Aristote, Saint Augustin, le président Mamadou Dia, Aline Sitoé Diatta ainsi que Cheikh Ahmadou Bamba afin d’ancrer son discours dans une réflexion sur l’éthique politique et la dignité nationale.


Une attaque contre les dérives du pouvoir


Dans un ton grave et parfois très critique, Ousmane Sonko a dénoncé ce qu’il considère comme les dérives classiques des régimes africains une fois arrivés au pouvoir.

« Combien de promesses de rupture se sont dissoutes dans les privilèges, les accommodements et les silences ? », a-t-il interrogé.

Le nouveau président de l’Assemblée nationale a également averti contre « l’effondrement de la morale publique », estimant qu’une nation peut survivre à la pauvreté économique mais rarement à la perte de confiance dans ses institutions.


Il a rappelé les sacrifices consentis par les militants et sympathisants du Pastef avant l’alternance de 2024 :

« Des jeunes sont tombés. Des familles ont pleuré. Des citoyens ont connu la prison, la peur et parfois l’exil. »

Selon lui, le peuple sénégalais n’a pas porté le projet Pastef au pouvoir « pour assister à une simple permutation d’élites », mais pour restaurer « une certaine idée de la dignité publique ».


Sonko promet un Parlement de combat


L’ancien Premier ministre a ensuite défini ce qu’il considère comme la nouvelle mission de l’Assemblée nationale sous sa présidence.

Et le message est sans ambiguïté.

« L’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement », a-t-il martelé.

Sonko promet un Parlement offensif sur : le contrôle de l’action gouvernementale, la transparence des finances publiques, la reddition des comptes, et la défense de la souveraineté populaire.

« Elle usera de tous les leviers de contre-pouvoirs constitués, selon la gravité des faits et des circonstances », a-t-il prévenu.

Cette déclaration apparaît déjà comme un signal politique fort adressé à l’exécutif.


« Je continuerai de choisir la vérité »


Dans la dernière partie de son intervention, Ousmane Sonko a tenté d’apaiser les tensions en appelant majorité et opposition à préserver les institutions et éviter toute dérive violente.

« Le Sénégal doit montrer à l’Afrique qu’une crise politique peut être affrontée sans haine, sans violence et sans effondrement institutionnel », a-t-il déclaré.

Mais derrière ce ton rassembleur, le leader du Pastef a aussi assumé une posture de combat politique et moral.

« Lorsque le pouvoir nous met à l’épreuve, choisissons-nous le confort ou la vérité ? Pour ma part, je continuerai de choisir la vérité », a conclu Ousmane Sonko.

Par ce discours d’investiture particulièrement offensif et chargé de symboles, le nouveau président de l’Assemblée nationale montre clairement qu’il entend jouer un rôle central dans la nouvelle phase politique qui s’ouvre au Sénégal.


Et à Dakar, beaucoup considèrent désormais que le véritable centre de gravité du pouvoir sénégalais pourrait bien avoir changé de camp.

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