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Mali : quand l'absence de l'État ouvre la voie à la domination djihadiste

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Au Mali, la progression du JNIM n’est plus seulement militaire : elle est désormais politique, économique et sociale.


Profitant d’un État affaibli, de services publics absents et d’une population laissée à elle-même dans de vastes zones rurales, le groupe impose progressivement une gouvernance parallèle.


Les témoignages, les rapports d’ONG, les analyses internationales et les récits locaux convergent : le centre du Mali voit se reconfigurer les rapports de force.


Ceci, non pas par un affrontement direct mais par une combinaison redoutablement efficace de négociations forcées, de blocus, de taxes et de contrôle territorial.


Une stratégie bien huilée : gouverner là où l’État ne gouverne plus



Le JNIM a compris depuis plusieurs années qu’une offensive exclusivement armée ne suffit pas à s’enraciner durablement.


Son influence passe désormais par l’imposition d’accords locaux aux villages : pactes de non-agression, interdiction de collaborer avec l’armée, imposition de la zakat, arbitrages selon la charia, régulation des déplacements et du commerce.


Dans certaines zones, des représentants du groupe règlent les litiges, supervisent les marchés, contrôlent les routes et décident des conditions de vie quotidienne.


Pour des communautés abandonnées depuis longtemps, la présence d’un acteur, même coercitif, peut sembler préférable à l’absence totale d’État.


Des accords parfois tolérés par Bamako


C’est l’un des volets les plus sensibles du dossier. Plusieurs analyses publiées ces dernières années évoquent la possibilité que certains accords locaux soient connus, ou à tout le moins tolérés, par des autorités maliennes qui n’ont ni la capacité ni les moyens d’imposer l’ordre dans les zones concernées.


Des éléments montrent même que certains services de sécurité auraient été associés à des processus informels de médiation visant à obtenir la levée de blocus ou la réduction d’attaques dans certains secteurs.


Pour l’État, acculé, ces arrangements peuvent apparaître comme un moindre mal.


Pour les populations, ils sont souvent le prix d’une survie au jour le jour.


Des villages punis pour avoir résisté


Mais la mécanique devient implacable lorsque des localités refusent ces accords.


Dans ces cas, le JNIM opte pour son arme la plus efficace : le blocus total.


C’est ce qui se passe à Saye, dans la région de Ségou. Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois selon certains témoignages, les habitants vivent coupés du monde.


Plus de ravitaillement, plus d’accès aux soins, plus d’activités économiques.


Le blocus devient un moyen de pression qui frappe d’abord les plus vulnérables.

Et Saye n’est pas un cas isolé.


D’autres localités comme Diosso subissent ce sort depuis plus d’un an.


Là aussi, les conséquences sont terribles : malnutrition, absence de carburant, impossibilité d’évacuer les malades, pénurie de médicaments et abandon progressif des terres agricoles.


Le blocus comme arme économique


Le JNIM utilise désormais les blocus non seulement pour punir, mais aussi pour structurer sa domination économique.


Le groupe bloque des axes, interdit le commerce, taxe les marchandises, supervise les routes et impose sa loi sur les flux régionaux.


Le carburant, denrée vitale dans les zones rurales, est devenu un outil stratégique.


En 2025, des embargos sur l’essence ont paralysé de vastes zones et renforcé son contrôle sur les déplacements et les activités économiques.


Ce contrôle économique s’ajoute au contrôle territorial.


Sans carburant, les motos, premier moyen de transport dans le centre du Mali, deviennent inutilisables.


L’armée est ralentie. Les villageois restent confinés. Le commerce se fige. Les récoltes ne circulent plus.


Le JNIM, lui, gère les ressources à sa convenance.


Une influence politique assumée


Derrière ces mécanismes, un constat s’impose. Le JNIM n’est plus seulement un groupe armé, mais un acteur politique local.


Son porte-parole a plusieurs fois tenté de présenter ces accords comme des arrangements « consensuels », réalisés avec des villages qui auraient « sollicité sa protection ».


Mais sur le terrain, les témoignages montrent que les pressions sont omniprésentes : menaces, sanctions collectives, représailles, embargo alimentaire.


Dans certains villages qui acceptent les accords, les habitants vivent dans une forme de « paix sous contrainte ». Dans ceux qui résistent, la vie est suspendue.


Un État débordé, une population piégée


La montée en puissance du JNIM révèle avant tout la faiblesse structurelle de l’État malien dans certaines régions.


Manque de forces de sécurité, services publics absents, infrastructures abandonnées, isolement géographique : autant de facteurs exploitables par un groupe organisé, mobile et discipliné.


Les habitants sont ainsi pris en étau. Il faut soit accepter les conditions du JNIM pour obtenir la sécurité minimale, ou résister et affronter le blocus, la famine, les attaques.


Un conflit qui dépasse la logique militaire


Le conflit malien ne se limite plus à des affrontements armés.


Il se transforme en un duel de gouvernance, où chaque acteur tente de contrôler les ressources, les populations et les territoires.


Le JNIM avance par cercles concentriques, gagnant du terrain non pas par de grandes offensives, mais par une accumulation de micro-accords, de blocus localisés et de pressions ciblées.


Quels horizons pour le Mali ?


Cette évolution interroge l’avenir du Mali.

Si l’État ne parvient pas à restaurer sa présence dans les zones rurales, écoles, santé, justice, sécurité, le JNIM continuera d’apparaître comme un substitut, même indésirable.


Chaque village qui signe un accord affaiblit un peu plus l’autorité centrale.


Chaque blocus non levé réduit la confiance des populations envers Bamako.


Chaque zone abandonnée devient un espace de gouvernance jihadiste.


Une conclusion inquiétante mais incontournable


Le JNIM ne se contente plus d’inspirer la peur, il gouverne, organise, sanctionne, administre.


Il est devenu un acteur politico-militaire enraciné dans plusieurs zones du Mali.


Face à lui, les autorités doivent affronter un défi d’une complexité extrême.


Restaurer la confiance d’une population qui survit, au quotidien, entre menaces jihadistes et absence de l’État.


Le Sahel est désormais le théâtre d’une compétition de gouvernance.


Et dans plusieurs zones du Mali, cette compétition penche dangereusement en faveur d’un groupe armé dont l’influence, autrefois périphérique, devient chaque jour plus structurelle.

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