Sénégal / budget rectificatif 2026: Ousmane Sonko défie Diomaye Faye

Le bras de fer entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye franchit un nouveau cap.
Le président de PASTEF a annoncé, lundi 19 octobre 2026, que les députés de son parti ne voteront pas le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 dans sa configuration actuelle.
Au-delà du désaccord budgétaire, cette décision révèle une fracture de plus en plus profonde autour des priorités économiques du Sénégal, de la politique sociale et des engagements pris auprès du Fonds monétaire international (FMI).
Face à la presse à Dakar, Ousmane Sonko a vivement critiqué les orientations retenues par le gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô.
Son argument central : le texte soumis aux députés ne correspondrait ni aux ambitions économiques et sociales défendues par PASTEF ni aux objectifs de transformation annoncés aux Sénégalais.
« L’Assemblée nationale serait complice » : Sonko hausse le ton
Le message adressé aux députés de la majorité est sans ambiguïté.
Pour Ousmane Sonko, voter le projet de loi de finances rectificative sans corriger les insuffisances qu’il dénonce reviendrait à cautionner des choix budgétaires qu’il juge contraires aux intérêts de la population.
« L’Assemblée nationale serait complice », a-t-il averti.
Cette déclaration donne une dimension politique majeure à un dossier qui aurait pu rester une discussion technique sur les recettes et les dépenses de l’État.
En refusant de soutenir le texte, PASTEF met directement en difficulté le gouvernement, alors même que le parti conserve une position dominante à l’Assemblée nationale.
La question est désormais de savoir si l’exécutif parviendra à convaincre la majorité parlementaire de revoir certaines de ses orientations ou s’il devra affronter un blocage sur un texte essentiel à l’ajustement des finances publiques.
Éducation, formation professionnelle et investissement dans le viseur
Pour justifier son opposition, Ousmane Sonko dénonce notamment la diminution des budgets consacrés à des secteurs sociaux prioritaires, dont l’éducation et la formation professionnelle.
« Les budgets sociaux tels que l’éducation et l’emploi professionnel ont diminué. En plus, nous considérons que l’investissement n’est pas une priorité pour le gouvernement actuel », a-t-il déclaré.
Le président de PASTEF estime ainsi que le gouvernement ne donne pas suffisamment de place aux leviers susceptibles de soutenir l’emploi, d’améliorer les conditions de vie et de préparer une transformation durable de l’économie sénégalaise.
Cette critique renvoie à une divergence de fond : comment redresser les comptes publics sans sacrifier les investissements et les dépenses nécessaires au développement social ?
Le gouvernement doit, de son côté, composer avec la baisse de certaines recettes attendues et l’augmentation des dépenses énergétiques.
Le projet de loi de finances rectificative a notamment été élaboré dans un contexte de tensions internationales sur les marchés pétroliers, qui pèsent sur les équilibres budgétaires du pays.
Les subventions aux carburants, principal point de friction
L’un des désaccords les plus sensibles concerne les subventions aux produits pétroliers.
Selon les chiffres avancés par Ousmane Sonko, l’enveloppe consacrée à ces aides passerait de 790 à 552 milliards de francs CFA, soit une baisse d’environ 30 %.
Il relie cette évolution aux engagements pris par le Sénégal dans le cadre de ses discussions avec le FMI.
Le document officiel du projet de loi de finances rectificative confirme que les subventions énergétiques constituent une contrainte budgétaire majeure.
Il indique notamment que la subvention à l’énergie a atteint 790,3 milliards de francs CFA, contre 250 milliards prévus dans la loi de finances initiale, sous l’effet notamment de la hausse des cours du pétrole.
Le gouvernement cherche ainsi à réformer progressivement le système de soutien à l’énergie, en passant d’aides généralisées à des mécanismes davantage ciblés sur les ménages vulnérables, les transports collectifs et les activités essentielles.
C’est précisément sur les modalités de cette réorientation que se cristallise une partie du désaccord politique.
Pour Sonko, la réduction des subventions risque de faire peser une charge supplémentaire sur les consommateurs, dans un contexte où le coût de la vie demeure une préoccupation majeure.
Le spectre d’une hausse du prix du diesel
Ousmane Sonko a également évoqué une possible augmentation du prix du litre de diesel, qu’il situe actuellement à 755 francs CFA.
Cette perspective pourrait inquiéter les transporteurs, les commerçants et les ménages, compte tenu du rôle du carburant dans les coûts de transport et la distribution des marchandises.
Il convient toutefois de distinguer le risque évoqué par le président de PASTEF d’une décision officiellement annoncée : les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’une hausse du prix du diesel est déjà actée.
Le véritable enjeu porte sur la manière dont les autorités entendent réduire le coût des subventions tout en évitant de transférer brutalement la charge de l’ajustement sur les consommateurs.
Le gouvernement devra donc expliquer les mesures envisagées, les catégories de bénéficiaires qui seront protégées et les éventuelles compensations destinées aux ménages les plus exposés.
Le FMI au cœur de la bataille budgétaire
La controverse dépasse les relations entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye.
Elle pose aussi la question de la marge de manœuvre économique dont dispose le Sénégal dans ses négociations avec ses partenaires financiers.
Le projet de loi de finances rectificative intervient dans un contexte particulièrement difficile.
Selon les documents budgétaires officiels, les prévisions de croissance pour 2026 ont été ramenées à 2,7 %, tandis que le déficit budgétaire est désormais estimé à 7,6 % du produit intérieur brut, contre 5,4 % initialement prévu.
Les autorités doivent donc concilier plusieurs impératifs : contenir le déficit, financer les priorités publiques, maîtriser les dépenses énergétiques et restaurer la confiance dans les finances de l’État.
Pour Ousmane Sonko, l’ajustement ne doit pas se faire au détriment des ambitions de transformation économique et sociale.
Son opposition au texte constitue ainsi un avertissement adressé au gouvernement sur les arbitrages retenus.
Une fracture politique qui ne se limite plus aux personnes
Depuis la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, les divergences entre les deux camps se sont multipliées sur les questions institutionnelles, la transparence financière et la conduite de l’action publique.
Le refus annoncé de PASTEF de voter le budget rectificatif marque une nouvelle étape : le désaccord porte désormais directement sur les choix économiques du gouvernement.
Le risque est celui d’une paralysie politique si les deux pôles du pouvoir ne parviennent pas à trouver un terrain d’entente.
Le gouvernement a besoin d’un cadre budgétaire adapté à la situation économique, tandis que la majorité parlementaire entend préserver les orientations qu’elle considère comme essentielles à son projet de transformation.
Pour autant, l’annonce de Sonko ne signifie pas à elle seule que le texte sera définitivement rejeté. L’issue dépendra des discussions parlementaires, des éventuelles modifications apportées au projet et des positions des députés au moment du vote.
Diomaye face à un test décisif
En annonçant le refus de PASTEF de voter le projet de loi de finances rectificative en l’état, Ousmane Sonko place le gouvernement devant une équation délicate.
L’exécutif devra défendre ses choix budgétaires tout en répondant aux critiques sur les dépenses sociales, l’investissement et les conséquences de la réforme des subventions énergétiques.
Pour le président Bassirou Diomaye Faye, l’enjeu est également politique : il lui faudra démontrer que son gouvernement peut conduire sa politique économique sans provoquer une rupture durable avec la majorité parlementaire issue du même projet politique.
Pour les Sénégalais, la priorité reste concrète : préserver leur pouvoir d’achat, soutenir l’emploi et maintenir les services publics, alors que les finances de l’État sont sous pression.
Le bras de fer autour de la LFR 2026 pourrait ainsi devenir un test majeur de la capacité du pouvoir sénégalais à concilier discipline budgétaire, justice sociale et stabilité politique.
Derrière les chiffres, c’est désormais la direction économique du pays qui se retrouve au centre de la confrontation entre Diomaye Faye et Sonko.




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